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Retraites : un casse-tête budgétaire pour Macron

Retraites : un casse-tête budgétaire pour Macron

23 juillet 2019

Le président français se retrouve désormais pieds et poings liés : engagé par sa promesse de faire une réforme systémique et « en même temps » contraint de rétablir la trajectoire financière.

Les réformes des retraites

 

Les français ont l’habitude des réformes des retraites. Ils en ont connu cinq en vingt-cinq ans : Balladur en 1993, Fillon en 2003, Bertrand en 2008, Woerth en 2010 et Touraine en 2014. Mais, nouveau monde oblige, la réforme Delevoye est sans commune mesure avec les précédentes : il s’agit non plus de toucher à quelques paramètres, comme l’âge ou la durée de cotisation dans le cadre d’une « réforme paramétrique », mais de refondre le système de fond en comble dans une « réforme systémique ». Un chantier d’une ampleur colossale, le gouvernement s’attaquant au premier poste de dépenses sociales du pays : près de 320 milliards d’euros en 2017, soit 13,8 % du PIB.

 

Avant l’élection d’Emmanuel Macron il y a un peu plus de deux ans, les projections financières des régimes de retraite étaient rassurantes, laissant au futur président de la République les coudées franches pour mener cette réforme. « Pour la première fois depuis des décennies, les perspectives financières permettent d’envisager l’avenir avec une sérénité raisonnable », avait-il déclaré, affirmant que « l’objectif n’est pas de faire des économies mais de construire un système plus simple, plus lisible et plus équitable ».

 

Une réforme systémique

 

Depuis, le vent a tourné. Les prévisions se sont dégradées au lendemain de sa victoire et Emmanuel Macron se retrouve désormais pieds et poings liés : engagé par sa promesse de faire une réforme systémique et « en même temps » contraint de rétablir la trajectoire financière. Selon le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) de juin, le besoin de financement du système atteindra 10 milliards dès 2022, sans espoir de retour à l’équilibre avant… 2042, au mieux.

 

Certes, les précédentes réformes ont fait leur œuvre et le déficit à venir est sans commune mesure avec les déséquilibres anticipés au début des années 1990. « Le plus gros est derrière nous mais il faut admettre qu’il y a un besoin de financement », a rappelé vendredi Didier Blanchet, le président du Comité de suivi des retraites (CSR), une instance indépendante chargée d’alerter l’exécutif en cas de dérive du système.

 

Sans compter que le gouvernement a besoin d’argent frais, car il fait face à une équation budgétaire tendue. Le chef de l’État a prévenu que les Français devraient « travailler davantage » pour financer une partie de la baisse de 5 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu en 2020, mais aussi des 12 autres milliards de dépenses consenties aux « gilets jaunes ». L’addition se corse encore en prenant en compte les 10 milliards de besoin de financement delà réforme, qui sera présentée à l’automne, de la dépendance. Un chantier, jugé par Édouard Philippe, comme « l’un des plus importants du quinquennat ».

 

Emmanuel Macron n’a donc pas le choix : il va lui falloir cumuler réformes paramétrique et systémique. « Même dans un contexte financier qui aurait été totalement assaini, un changement d’aussi grande ampleur est nécessairement très complexe à mettre en œuvre en pratique », a prévenu le CSR. Le gouvernement a, un temps, été tenté de prendre des mesures paramétriques dès le PLFSS 2020, sans attendre la réforme systémique prévue pour entrer en vigueur en 2025. Mais il y a renoncé. Finalement, tout devrait être dans la réforme des retraites qui doit être présentée, elle aussi, en fin d’année.

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