Culture Branches

Qualité de vie au travail et absentéisme : enjeux et rôles pour
les branches professionnelles

S’appuyant sur le baromètre réalisé par le cabinet Ayming, le petit-déjeuner Culture branches du 17 juin a porté sur l’absentéisme : quelles sont les caractéristiques et les causes de son évolution ? Quelles sont les actions à développer pour le réduire ? Quel rôle les branches peuvent-elles jouer dans ces actions ? Les interventions des partenaires sociaux lors de la table ronde témoignent de la nécessité de replacer les notions de qualité du travail et d’engagement au centre de la réflexion.

Qualité de vie au travail et absentéisme : enjeux et rôles pour <br/>les branches professionnelles
Xavier Renaud

Le 7ème petit-déjeuner Culture branches s’est tenu dans le cadre de la Semaine de la Qualité de Vie au Travail organisée du 17 au 21 juin par l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail). Devant une salle comble, Philippe Dabat, Directeur général délégué d’AG2R LA MONDIALE, a rappelé la place légitime qu’occupe le sujet de l’absentéisme dans le dialogue social. En témoigne la concertation nationale en cours sur les arrêts de travail dans la continuité des rapports Lecocq et Bérard-Oustric-Seiller.

 

« Révélateur de la santé et de l’engagement des salariés, l’absentéisme est un indicateur RH de la performance sociale de l'entreprise, a d’abord souligné Fabienne Mestdagh, manager au cabinet Ayming, conseil en performance des entreprises. Elle recouvre une réalité multifactorielle. »

 

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Crédit photo : Xavier Renaud

De gauche à droite, Jean-François Naton, Catherine Pinchaut, David Giovannuzzi, Xavier Thomas, Julien Pelletier, Xavier Hauret, Fabienne Mestdagh, Philippe Dabat et Guillaume Boucheron.

 

Les 5 points clés

1. Les arrêts de travail et les indemnités journalières qui les accompagnent sont devenus un phénomène de société qu’il est nécessaire d’observer et d’analyser avant de s’interroger sur les causes elles-mêmes, notamment les situations de travail et leur transformation.

2. Le taux moyen d’absentéisme a atteint 4,72% (chiffre 2017), équivalant à 17 jours d’absence par salarié. L’augmentation est sensible dans les secteurs du commerce et de la santé. Les femmes sont plus impactées et les juniors, plus souvent absents, bien que sur des durées plus courtes que les seniors.

3. L’absentéisme des salariés est motivé en premier lieu par des raisons touchant au travail (56%) dont 38% concernent la qualité du travail (et 17% les ATMP). Les motifs de santé viennent en second (46%), qu’elle concerne le salarié lui-même (35%) ou celle de ses proches (9%).

4. L’absentéisme dans les entreprises pose la question du recentrage des problématiques de Qualité de Vie au Travail sur le travail lui-même et les conditions de sa réalisation. Le dialogue social et la prévention sont deux des leviers prioritaires pour endiguer ce phénomène.

5. La branche professionnelle est le cadre approprié pour élaborer une politique de santé au travail commune et paritaire dans l’entreprise. Les partenaires sociaux se disent en attente des informations détenues par les Groupes de Protection sociale comme AG2R LA MONDIALE pour mieux comprendre les problématiques liées à l’absentéisme et éclairer leur démarche.

 

 

Le travail, premier motif d’absentéisme
 

Ayming a publié en 2018 son « 10ème baromètre de l’absentéisme et de l’engagement ». Qu’y apprend-on ? Que l’absentéisme s'accroît d’année en année. En 2017, le taux moyen d’absentéisme a atteint 4,72%, équivalant à 17 jours d’absence par salarié. L’augmentation est sensible dans les secteurs du commerce et de la santé, quand l’industrie et le BTP recueillent les fruits des démarches de prévention engagées depuis plusieurs années. Les femmes sont plus impactées et les juniors, plus souvent absents, bien que sur des durées plus courtes que les seniors.

 

Mais pourquoi s’absente-t-on ? En premier lieu (56%) pour des raisons touchant au travail : la qualité du travail (38 %) et les AT/MP (Accident du travail / maladie professionnelle) (17%). En second lieu, pour des motifs de Santé (46%), qu’elle soit personnelle (35%) ou qu’elle concerne celle des proches (9%). « Partant du constat que le désengagement des salariés tient principalement au manque de reconnaissance, les actions préconisées par Ayming portent sur la gestion partagée des absences, la prévention et la maîtrise des risques professionnels », a précisé Fabienne Mestdagh avant de laisser place aux échanges avec la salle et à une table ronde animée par Xavier Hauret, chef de projet prévention à la Direction des accords de branches d’AG2R LA MONDIALE.

 

Jean-François Naton (CGT), Vice-président du Conseil économique, social et environnemental (CESE), membre de la section travail du CESE CGT.

 

Jean Francois Naton

« En tant que partenaires sociaux, nous sommes toujours demandeurs d’initiatives telles que ce petit-déjeuner Culture branches pour participer à cette recherche de compréhension de la hausse des indemnités journalières ou des arrêts de travail. Ces derniers sont quasiment devenus un phénomène de société qu'il faut analyser afin de s'interroger sur les causes elles-mêmes : les situations de travail et leur transformation. L’absentéisme est, à mon sens, un révélateur du « mal travail » et le baromètre publié par le cabinet Ayming confirme cette tendance. » « L’action contre l’absentéisme ne peut pas se résumer à celles des managers mais doit inclure le dialogue social. Une partie des discussions menées dans le cadre du Plan Santé au Travail, le PST3, porte sur le positionnement du champ complémentaire, notamment des institutions de prévoyance comme acteurs de cette stratégie d’analyse et d’action. Les Groupes de Protection Sociale peuvent nous aider à comprendre le phénomène de l’absentéisme et participer à la mobilisation générale sur les grands enjeux du travail et de la santé. »

 

« Agir sur les déterminants de l’absentéisme suppose la mobilisation des partenaires sociaux dans les entreprises. Il nous faut inventer de nouveaux temps et de nouveaux lieux pour que le dialogue social s’incarne dans les bassins de vie et d’emplois. Avec la disparition des CHSCT, comment les CSE (comités sociaux et économiques) vont-ils être traversés par ce déterminant travail et ces enjeux de santé ? »

 

« Au moins, nous sommes sortis du déni. Il y a, du côté d'une partie du patronat, une vraie prise de conscience, de même que du côté du gouvernement sur le coût du mal travail. Les indicateurs sur l’engagement et la reconnaissance sont à suivre avec attention. Il n’y a pas de compétitivité sans qualité, pas de qualité sans efficacité et pas d’efficacité sans l’engagement des travailleuses et des travailleurs. »

 

Guillaume Boucheron, responsable « protection sociale et santé au travail » au pôle affaires sociales chez Nexem

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 « Si la Qualité de Vie au Travail relève plutôt d’un objectif d’amélioration, les absences pour raison de santé, pour causes physiques ou psychiques, sont une préoccupation pour notre secteur d’activité. Dans notre secteur social et médico-social, nous avons affaire à de vrais défis démographiques. Plus de la moitié de nos salariés ont plus de 45 ans et sont dans ce que l'on appelle la deuxième partie de carrière. »

 

« Etant un secteur un peu particulier, où l’on accompagne des situations de fragilité, il est parfois compliqué de porter un constat sur la situation de salariés eux-mêmes en difficulté. Après s’être beaucoup concentré sur la personne accompagnée, le temps est venu pour nous de prendre la mesure des salariés qui accompagnent ces personnes en fragilité. Nous essayons aussi de "prendre soin de ceux qui prennent soin" selon l'expression consacrée.

 

« Nous figurons parmi les branches qui ont choisi de mutualiser, par recommandation, notre protection sociale complémentaire de prévoyance et de santé. Notre intérêt, en partenariat avec AG2R LA MONDIALE, est de préserver un haut degré de solidarité de ces régimes.  Dans notre secteur aux budgets contraints, les financements sont importants. L’investissement pour la protection des salariés, pour la prévention et l’amélioration de la qualité de vie au travail est un véritable enjeu. Les fonds de solidarité nous permettent de mener des actions tant individuelles que collectives. »

 

« Concrètement, nous avons lancé paritairement 5 services clefs en main dédiés à la prévention de risques professionnels particulièrement présents dans notre secteur. Le premier degré consiste, par exemple, à faire intervenir un cabinet pour aider l’entreprise dans la construction du document unique. Viennent ensuite trois thématiques ayant trait à la prévention des risques, les TMS (troubles musculo squelettiques), les risques psycho-sociaux et enfin, la violence dans le travail notamment dans la relation d’accompagnement. Enfin nous allons créer un outil dédié à l’observation et l’évaluation de ces risques avec le cabinet DIDACTHEM, risques qu’il importe de bien connaitre pour pouvoir passer à l’action. »

 

Catherine Pinchaut, secrétaire nationale CFDT chargée de la santé et de la qualité de vie au travail

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 « Une grande enquête menée en 2016 par la CFDT sur le travail "Parlons Travail" a montré que les travailleurs aiment leur travail, qu’ils sont souvent en attente d’une meilleure qualité de vie au travail, mais aussi d’une meilleure qualité de travail. La notion de QVT ne doit pas faire passer au second plan les questions plus globales sur le travail et les conditions de sa réalisation. »

 

« Au sein du groupe permanent d’orientation du COCT (Conseil d’orientation des conditions de travail), nous finalisons notre réflexion sur la prévention en santé au travail. Les questions du travail doivent être remises au cœur du système de prévention et privilégier les actions prioritaires.  C’est en agissant sur la prévention primaire que l’on peut réduire un certain nombre de causes d’absentéisme et influer sur le niveau d’indemnité journalière. »

 

« Sur ces sujets, les retours d’expérience et le partage de bonnes pratiques sont prépondérants. C’est un champ d’action où le dialogue social se doit d'être très constructif. Développer une culture d’entreprise ou une culture de branche permet aux partenaires sociaux d’acquérir la maturité nécessaire pour partager des problématiques, établir un diagnostic et engager les actions nécessaires. »

 

Ronald Schouller, secrétaire fédéral FO-FGTA, vice-président du conseil d’administration de l’INRS

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 « L’absentéisme au travail recouvre l’absentéisme pour maladie ordinaire mais aussi les accidents du travail et les maladies professionnelles qui augmentent depuis quelques années de façon exponentielle. Tout comme les cancers professionnels. Il faut avoir ces notions à l’esprit quand on parle des indemnités journalières qui, dans leur globalité, sont en hausse de 13 %. »

 

« Les CHSCT étaient pour l’INRS un point d’entrée dans les entreprises de plus de 50 salariés, ce qui rend leur disparition d’autant plus regrettable. Quels vont être désormais nos interlocuteurs pour nous relater les conditions de travail et la santé au travail au sein de l’entreprise ? Tout est à reconstruire, ce qui suppose une montée en maturité des partenaires sociaux au sein des CSE et des commissions spécialisées. »

 

« Certains métiers disparaissent quand d’autres apparaissent avec de nouvelles conditions de travail et de nouveaux sujets de préoccupations concernant la santé au travail. Dans ce contexte, les organismes complémentaires ont un rôle à jouer. Des expériences intéressantes sont menées par la CARSAT de Centre-Ouest sur l’absentéisme de longue durée. Au-delà de trois mois, le salarié rencontre un médecin conseil, bénéficie d’un bilan thérapeutique et d’un aménagement du poste de travail. Plus de 75 % des personnes concernées retournent au travail. »

 

Renaud Giroudet, directeur des affaires sociales, emploi, formation à la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD)

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 « Relevé par tous les intervenants, le côté multifactoriel de l’absentéisme est différemment apprécié selon qu’on l’observe sous l’angle syndical ou du représentant de l’employeur. La richesse du paritarisme vient de cette conjonction de regards croisés qui permet de résoudre les problèmes posés. »

 

« La Qualité de Vie au Travail est un élément de l’absentéisme qui relève avant tout de l’approche managériale, mais la question de la santé au travail est tout aussi importante. Sur ce terrain, peut s’appliquer une politique collective dans l’entreprise. Et la branche professionnelle est le cadre approprié pour élaborer une politique commune des entreprises de manière paritaire. »

 

«  J’invite les branches professionnelles qui ne sont pas totalement investies dans les recommandations élaborées au sein de la CNAM par les Comités techniques Nationaux à le faire. Les branches, les employeurs, les salariés peuvent y élaborer des règles qui sont autant d’outils mis à disposition des entreprises, aussi bien les PME et TPE que les grandes entreprises aussi demandeuses. »

 

Xavier Thomas, directeur des relations sociales, emploi, formation de PRISMEMPLOI

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 « Il nous est difficile d’agir sur les accidents du travail : les conditions de travail de l’intérimaire relèvent de la responsabilité de l’entreprise utilisatrice et non pas de l’entreprise de travail temporaire. Mais le taux de cotisation est imputé à l’employeur c’est-à-dire l’entreprise de travail temporaire. Le combat que nous menons, en partenariat avec les pouvoirs publics et les branches, porte sur le partage de la charge financière (taux de cotisation accidents du travail) entre l’entreprise de travail temporaire et l’entreprise utilisatrice afin de responsabiliser cette dernière. »

 

« Une autre forme d’absentéisme est liée aux freins périphériques à l’emploi : un problème d’enfant malade, de garde d’enfant ou encore de véhicule pour se rendre sur le lieu de travail. Le fonds d’action sociale du travail temporaire (FASTT, organisme paritaire) a été créé pour mutualiser cette problématique au niveau de la branche. La cotisation payée par les entreprises, 0,146 % de la masse salariale, génère 40 millions d’euros par an qui permettent de proposer des services partiellement pris en charge par le FASTT tels que garde d’enfants (1 euro par heure à la charge de l’intérimaire) ou location de voiture (10 euros par jour à la charge de l’intérimaire) aux intérimaires dans le besoin. »

 

« Nous avons mis en place un dispositif paritaire d’aide aux salariés victimes d’accidents du travail. Tous les salariés en arrêt de travail de plus de 30 jours sont repérés par un organisme gestionnaire du régime de prévoyance. Ils font l’objet d’une communication au FASTT et sont suivis pendant toute la durée de leur arrêt de travail par les assistantes de l’action sociale, jusqu’à leur retour à l’emploi. »

 

Julien Pelletier, responsable veille, prospective et international à l’Anact

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 « La première façon de traiter de l’absentéisme est d’étudier les caractéristiques des populations. Par exemple, 15 % environ des salariés sont des aidants familiaux, plus de 20 % souffrent de maladies chroniques… L’autre entrée est celle du travail, en particulier de la charge de travail, qu’elle soit cognitive, physique, temporelle.  L’accentuation de la flexibilité, sous toutes ses formes, est aussi un facteur d’anxiété et de stress. Un salarié sur deux en France, un sur 4 dans les TPE, a dû affronter un changement de poste, de métier ou d’organisation durant les douze derniers mois. »

 

« La question qui fait ici débat est celle de l’absentéisme, vu comme un phénomène de désengagement. L’engagement dépend de la relation entre ces deux caractéristiques, celles de la population étudiée et celles du travail. Je pense qu’il faut croiser les deux pour faire un diagnostic sérieux sur l’absentéisme. »

 

«  Le rôle d’une branche est, me semble-t-il, d’outiller les entreprises, c’est à dire de mesurer et d’évaluer l’absentéisme au travers d’enquêtes et de baromètres et de l’analyser. Il devient alors possible de comparer ce qui a pu être essayé ailleurs,  le télétravail, le covoiturage, le travail en équipe… Expérimentons des nouvelles manières de travailler et évaluons-les. »

 

Regard d'AG2R LA MONDIALE

David Giovannuzzi, Directeur des accords de branches, a souligné la volonté d’AG2R LA MONDIALE d’aider les partenaires sociaux dans leur analyse des causes de l’absentéisme et dans les actions de prévention et d’accompagnement à mener pour le réduire. « Nous sommes un outil de mutualisation au service des branches, nous avons souvent été plutôt un assureur comptable et nous devons être désormais un assureur responsable, forcément différent des autres assureurs parce que nous sommes pilotés paritairement. »

Il a également insisté sur l’intérêt d’une analyse au niveau de la branche, notamment au regard des évolutions démographiques et de la déformation de la pyramide des âges. En effet, plus les salariés sont nombreux dans des tranches d’âge de plus de 50 ans, plus le coût de l’arrêt de travail est élevé. Il a enfin souligné l’importance des actions de prévention mises en place dans le cadre du programme « Branchez-vous santé » et de la volonté du groupe d’apporter des solutions aux problèmes particuliers des aidants.

 

 

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