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[22/06/2021] Activité physique & santé au travail - Grégory Ninot Xavier Renauld

[22/06/2021] Activité physique & santé au travail - Grégory Ninot

Professeur à l’Université de Montpellier, Institut Desbrest d’Epidémiologie et de Santé Publique, Institut du Cancer de Montpellier, Plateforme CEPS

« Les programmes d’activité physique adaptée ont des effets significatifs sur la santé »
Il est essentiel de différencier la pratique d’une activité physique adaptée (APA) à visée de santé du sport qui est une activité socio-culturelle et la mobilité activité qui est un indispensable message de santé publique résumé par le slogan "bouger plus". La pratique régulière et personnalisée d’APA relève à mon sens de la santé. Les données scientifiques recueillies lors de notre expertise collective INSERM publiée en 2019 sur la prescription de programmes en APA à des personnes vulnérables ou malades chroniques démontrent l’efficacité de programmes d’APA sur la santé, l’autonomie, la qualité de vie et la longévité de ces publics. On constate chez les personnes qui suivent ces programmes une réduction des symptômes. Des programmes spécifiques sont développés pour les personnes fragiles, en burnout ou vulnérables par l’avancée en âge. Une récente étude montre qu'à 50 ans, une femme peut gagner 14 ans d’espérance de vie et 12 ans pour un homme en suivant un programme d’activité physique régulier et suffisamment personnalisé associé avec d’autres interventions non médicamenteuses (INM).

 

« Passer d’une recommandation générale à une supervision individuelle »
Pratiquer deux heures et demie d’activité physique par semaine a effectivement un impact significatif sur la santé. Cependant, cette recommandation générale de l’Organisation Mondiale de la Santé ne tient pas compte des spécificités liées au sexe, à l’âge, à l’état de santé, des conditions de travail, de la situation familiale et du contexte culturel. La recherche montre qu’il est nécessaire d’aller plus loin avec un bilan personnalisé, une supervision, et donc à un accompagnement qui prend en compte les points de faiblesse et les ressources de chacun. Une pratique d’APA durable et régulière est celle qui aura le meilleur impact sur la santé.   

 

« Une médecine de précision associant programme d’activités physiques et traitements biomédicaux »
20 millions de personnes en France sont atteintes de maladies chroniques. Ces maladies provoquent une sédentarité accrue et des déficits musculaires, cardiovasculaires, métaboliques, immunitaires, articulaires et neurologiques différents. Par exemple, la broncho-peumopathie chronique obstructive (BPCO) touche les fibres musculaires de type 1 (celles du marathonien) alors que des démences touchent plus les fibres de type 2 (celles du sprinter). Selon qu’il s’agisse de l’un ou l’autre, des programmes d’APA spécifiques doivent être mis en place. De façon semblable, un bilan et une évaluation personnalisés de la coordination des mouvements, de la souplesse, de l’équilibre, des ressources cognitives et des carences métaboliques amènent à des programmes personnalisés, accompagnés par des professionnels. Nous entrons là dans une médecine de précision associant programme d’APA et traitements biomédicaux. Ces programmes sont appelés aujourd’hui des interventions non médicamenteuses (INM).

 

« Réduire de 38 % la récidive du cancer »  
Initiée par AG2R LA MONDIALE, la plateforme « Branchez-vous santé » est un bon exemple de parcours INM proposant des programmes d'APA aux personnes ayant terminé les traitements de leur cancer à l’hôpital. Destinée aux personnes traitées pour un cancer, la plateforme, via une infirmière coordonnatrice, oriente les patients vers des professionnels dispensant des séances d’APA pertinentes et ajustées au lieu de vie de façon à produire des effets significatifs sur la durée de vie. Aux États-Unis, au Canada, en Angleterre ou en Europe, les avis scientifiques convergent pour affirmer que bouger plus ne suffit pas à lutter contre la récidive du cancer. Des études de cohorte et des essais cliniques montrent qu’une dose d'APA de 3 heures 30 d’activité physique par semaine suffisamment intense et spécifique réduit de 38 % les risques de récidive d’un cancer du sein, de la prostate ou du colon.

 

« Un changement de paradigme »
L’ambition consiste à passer d'une nécessaire recommandation générale de santé publique encourageant les mobilités actives et le bouger plus, à de véritables programmes de soin, appelés des INM, pour les personnes vulnérables et/ou malades chroniques. C’est à cette condition que les programmes d’APA auront des effets tangibles et durables sur la santé et la longévité. C’est donc un changement de paradigme dans lequel les technologies d’échange à distance et de mesure biométrique vont être d’une aide déterminante. Passer du « cure » au « care », passer du même programme pour tous à des programmes personnalisés, passer de la prise en charge à l’accompagnement multidisciplinaire, passer du patient passif à l’usager proactif, tels sont les enjeux des 10 prochaines années.
 

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