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Crise du Covid-19 & renoncement aux soins

4 juin 2020

Le renoncement aux soins semble s’être accentué pendant la crise du COVID. Pour comprendre ses différentes typologies et ses conséquences éventuelles nous avons demandé au Docteur Pascal Gillet, médecin urgentiste et directeur de l’entreprise Medialane*, de nous éclairer sur ce phénomène. Cet entretien a été réalisé le jeudi 15 mai 2020.

Crise du Covid-19 & renoncement aux soins

« Le renoncement aux soins signifie ne pas bénéficier des soins auxquels vous auriez droit comme tout citoyen, que ce soit en quantité, en qualité ou en accessibilité. »

 

Ne pas consulter peut être lié à des barrières financières, linguistiques, culturelles ou géographiques mais quelle qu’en soit l’origine la conséquence principale pour les personnes qui renoncent aux soins est de ne pas profiter de l’offre de soin autant qu’elles le devraient.

 

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Bien que le renoncement aux soins soit généralement une situation subie, celui lié au COVID serait volontaire et "assumé".

Le renoncement aux soins est une situation connue depuis longtemps en France, toutefois bien qu’il y ait des cas minoritaires de gens qui refusent d’utiliser des soins et assument cette décision, c’est dans la majorité des cas une situation subie et rarement assumée.

 

« Or, j’ai pu constater dans les services d’urgence une chute incroyable du taux de consultation aux urgences qui s’est amorcée quelques jours avant le confinement. La moitié du nombre de consultations a été réduite dans mon service pendant la crise du COVID. Cette situation semble s’être répétée partout dans les urgences de France. Concrètement, sur 100 patients admis en 24h on pouvait tomber à 40 ou 50 alors qu’il n’y a eu aucune consigne de ne pas venir aux urgences.  Cette situation nous a d’autant surpris que nous nous attendions au contraire à des visites massives pour se faire tester du virus. Ce phénomène constaté aux urgences s’est également répété dans les cabinets médicaux.

 

Il s’agirait, a priori, plutôt d’un renoncement "assumé". De nombreux patients m’ont d’ailleurs expliqué au téléphone qu’ils ne voulaient pas prendre le risque d’aller dans une salle d’attente.

 

Il est encore très difficile à quantifier car nous n’avons aucune statistique, de nombreux médecins ont déjà alerté le gouvernement sur cette question que j’ai également pu constater dans mon service. »

 

 

Il y a 2 types du renoncement aux soins lié au covid.

Le renoncement aux soins n’est pas problématique en soi, ce sont ses conséquences potentielles qui peuvent l’être.  Il y a 2 types de conséquences au renoncement aux soins liés au COVID qu’il faudra mesurer : Les conséquences potentielles du décalage des soins programmés et les conséquences du renoncement aux urgences par peur d’une contamination éventuelle.

 

Le décalage des soins programmés

 

De nombreuses questions sont encore en suspens sur ce sujet. Est-ce que le décalage de 2 ou 3 mois des interventions des patients qui avaient une chirurgie programmée, des soins programmés ou étaient suivis en cancérologie, a-t-il nui à la prise en charge de leur pathologie, et comment ? La même question se pose pour les accidents cardiaques, coronariens ou autres maladies chroniques. Est-ce que ne pas avoir de soins pendant plusieurs mois a réellement influé sur la trajectoire de leur maladie, et comment ? Il est trop tôt pour se prononcer.

 

Le renoncement par peur de la contamination au COVID

 

« L’autre type de conséquence au renoncement aux soins, peut-être plus inquiétant encore, qui a vraiment généré de nombreuses alertes par les médecins urgentistes, c’est la crainte de consulter même en cas de signes de pathologies graves. »

 

En effet, certains médecins ont constaté que des patients arrivaient tardivement alors qu’ils avaient des signes d’alerte d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral depuis plusieurs jours.

 

« Il semblerait que ce soit du renoncement aux soins volontaire et "assumé" parce que ces personnes ayant eu peur d’être contaminées par le virus aux urgences auraient refusé de s’y rendre. C’est d’autant plus dangereux que la pathologie qu’ils présentaient pouvait être plus grave que les conséquences potentielles d’une contamination au virus. »

 

Toutefois, malgré la relative médiatisation du sujet, il est encore trop tôt pour déterminer le nombre de personnes qui n’ont pas consulté après des signes d’infarctus, ni les raisons pour lesquelles ils n’ont pas consulté ou s’il y a eu des conséquences à ces renoncements volontaires.

 

Il serait possible de mesurer le phénomène en consultant les registres des urgences, mais pour avoir des statistiques fiables et mesurer l’impact délétère que cela aurait pu avoir, il faudra les comparer aux années antérieures ce qui prendra certainement plusieurs mois.

 

Ainsi pour les morts subites survenues hors hôpital une part serait liée à la non-utilisation du système d’alerte et de secours, et une part serait imputable au virus lui-même car on sait aujourd’hui qu’il peut attaquer directement le muscle cardiaque et mettre en jeu le pronostic vital.

 

 

Il y a un retour progressif à la normale depuis le déconfinement

Depuis le déconfinement il y a une reprise de l’activité programmée, pour autant l’activité des urgences n’a pas encore repris normalement. Cela, toutefois, est à nuancer selon les régions.

 

« Dans le Grand Est les gens sont encore traumatisés par l’épidémie, ce qui a de lourdes conséquences sur le retour à une activité normale. La reprise des consultations pourrait donc reprendre ici plus progressivement qu’ailleurs. »

 

Globalement tout ce qui avait été reporté est en train de reprendre avec une montée en charge progressive. Les reports de soins par l’ARS (Agence Régionale de Santé) ont été faits en tenant compte du caractère urgent des pathologies, mais ce qui a été reporté, en toute logique, était reportable.

 

« Ce qui n’a pas été fait en 3 mois ne peut pas être fait en 1 semaine. D’autant que l’ARS régule l’offre de soins et reste vigilante à garder des lits de réanimation disponibles. »

 

Aujourd’hui, même s’il est important de lancer des alertes en rappelant de ne pas attendre en cas de signes d’AVC ou d’infarctus, il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’importance, les raisons et l’impact du renoncement aux soins.

 

Recommandations pour lutter contre le renoncement aux soins :

- Diffuser les messages d’alerte sur le renoncement aux soins
- Ne plus hésiter à consulter quand c’est nécessaire
- Contacter le centre 15 en cas de doute

 

(*) Medialane est partenaire du programme « Branchez-vous santé » avec le dispositif « En Quête De Vie » un bilan prévention en ligne sur les thématiques : manger, bouger, dormir. Un accompagnement prévention santé spécifique Covid est mis à disposition des assurés des branches professionnelles jusqu’au 31 juillet 2020.
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