Le groupe

Entretien avec André Renaudin, Directeur général d’AG2R LA MONDIALE

« Cette crise conforte la pertinence de notre modèle et de nos engagements »

Entretien avec André Renaudin, Directeur général d’AG2R LA MONDIALE

Au moment de cet entretien, le monde traverse une crise sanitaire terrible. Comment le Groupe fait-il face et aide-t-il ses assurés ?

 

Nous vivons en effet une crise sanitaire, économique et sociale d'une gravité exceptionnelle. Toutes mes pensées vont à celles et à ceux qui sont directement ou indirectement victimes de ce fléau. Comme tous les groupes de protection sociale, AG2R LA MONDIALE est pleinement mobilisé face à cette crise, que ce soit dans le domaine de la retraite complémentaire ou ceux des assurances de personnes. Je suis très reconnaissant à nos équipes d’avoir rapidement oeuvré partout en France, sur site pour les missions présentielles essentielles ou en travail à distance, afin de continuer à remplir notre mission auprès de nos 15 millions d’assurés. La solidarité en fait évidemment partie. C’est une valeur première pour un groupe paritaire et mutualiste comme le nôtre et, dans ces circonstances, nous devons plus que jamais la faire vivre. Nous participons donc pleinement à l’aide nationale en mettant en oeuvre l’ensemble des dispositions décidées par nos fédérations professionnelles.

 

Toutes les mesures prises, dont certaines vont au-delà de nos engagements contractuels, représentent un effort global estimé à 500 millions d’euros, sans compter notre future participation aux programmes d’investissements pour soutenir la relance de l’économie française. À ceux qui reprochent aux assureurs de ne pas en faire assez, je veux rappeler que nos ressources ne sont pas illimitées, que nous avons des contraintes de solvabilité et que nous ne sommes pas en mesure de nous substituer à l’État, au risque de mettre en péril notre pérennité. J’ajoute que dans cette période de grande incertitude, l'écoute, le soutien et les conseils sont aussi nécessaires que les aides financières. C’est pourquoi nous avons déployé plus de 30 services d’action sociale pour accompagner chacun au plus près de ses besoins. Dans le même temps, nos réseaux de proximité sont restés mobilisés et se sont organisés pour apporter à l’ensemble de nos clients et partenaires toute l’expertise dont ils ont besoin.

 

 

L’année 2019 a été marquée par la forte baisse des taux d’intérêt et le déploiement de nombreuses réformes structurelles. Comment le Groupe a-t-il géré ces évolutions ?

 

En effet, les taux à 10 ans, devenus négatifs une grande partie du second semestre, ont directement impacté les ratios de solvabilité des assureurs et le modèle de l’assurance vie, dominé par les fonds en euros. Dans le même temps, l’ensemble de nos métiers a été confronté à une avalanche réglementaire. Dans cet environnement complexe, AG2R LA MONDIALE affiche de bons résultats, tant en retraite complémentaire que sur le périmètre assurantiel. Cette performance, dont l’utilité première est de servir au mieux les intérêts de nos assurés, récompense la gestion rigoureuse de nos activités. S'agissant de la retraite complémentaire, AG2R Agirc-Arrco a pleinement rempli les objectifs de réduction de ses frais de gestion fixés par la Fédération Agirc-Arrco. Pour nos activités assurantielles, SGAM AG2R LA MONDIALE a donné la priorité à la préservation des équilibres techniques. En prévoyance et en santé collectives, nous avons volontairement maintenu une politique sélective dans les souscriptions. Même si la prévoyance santé accuse une baisse globale des cotisations de 6,6 %, elle affiche toutefois un résultat opérationnel positif grâce, notamment, à une amélioration des ratios de sinistralité. En assurance vie, nous avons continué à limiter les flux entrants sur les fonds en euros afin d’atténuer l’impact des taux négatifs sur l’actif général et de protéger la mutualité des assurés. La maîtrise de la collecte nette en euros nous a ainsi permis de servir une rémunération annuelle moyenne de nos contrats à 1,73 %, contre 1,47 % pour l’ensemble du marché. Malgré ce pilotage serré en épargne et bien que la retraite supplémentaire ait été encore pénalisée par une deuxième année « blanche » sur le plan fiscal, les cotisations dans ces deux activités sont en hausse globale de 1,5 %.

 

 

Par quels moyens le Groupe a-t-il renforcé sa solidité dans ce contexte de taux bas inédit ?

 

Là encore, par une gestion active de nos fonds propres et de notre solvabilité. Nous avons optimisé notre dette, bénéficié de la revalorisation des actifs financiers, notamment obligataires, et commercialisé pour 62 millions d’euros de certificats mutualistes, portant ainsi l’encours total à 198 millions d’euros fin 2019.

 

« Notre nouveau plan d'entreprise nous permet de nous recentrer sur l'essentiel et d'anticiper pour ne pas subir. »

 

Grâce aux effets conjugués de toutes ces mesures, les fonds propres ont dépassé la barre des 8 milliards d’euros, soit une progression de 26 % par rapport à 2018. Par ailleurs, au regard de la forte baisse des marchés intervenue au premier semestre en raison de l’épidémie de coronavirus, nous avons été bien inspirés de profiter, avant la crise, de la croissance boursière de 2019 pour protéger notre bilan, composé de 5,8 milliards d’actions. La cession de 20 % de notre portefeuille et la couverture de l’essentiel des actions restantes nous ont ainsi permis de préserver 1,4 milliard d’euros de valorisation. Avec un ratio de solvabilité en hausse de trois points pour atteindre 221 % fin 2019, nous pouvons nous féliciter d’avoir fait les bons choix et d’être dignes de la confiance que nous accordent nos assurés. Notre solidité financière et la liquidité exceptionnelle de notre bilan, saluées par l’agence Standard & Poor’s qui a confirmé le 15 novembre dernier la note « A- perspective positive » du Groupe, nous permettent d’affronter la crise actuelle mieux armés et de soutenir nos assurés en difficulté.

 

 

Qu’est-ce qui a motivé le lancement du Plan d’entreprise Impulsion 20-22 avec un an d’avance ?

 

Un constat s’est imposé à nous : les forces économiques et financières, réglementaires, sociétales et de marché à l’oeuvre dans nos métiers comme dans notre environnement amplifiaient leurs effets. Dans ce contexte de rupture, notre transformation devait s’accélérer et, a posteriori, les faits nous donnent raison d’avoir voulu nous doter d’une nouvelle feuille de route un an avant l’échéance prévue. Évidemment, au moment où nous avons élaboré le Plan Impulsion 20-22, nous étions loin de nous douter que nous serions déstabilisés par une crise sanitaire d’une telle ampleur, mais ce nouveau plan est un outil parfaitement adapté dans une situation comme celle que nous vivons. Il nous permet, en effet, de nous recentrer sur l’essentiel et d’anticiper pour ne pas subir. La crise actuelle nous oblige, bien sûr, à l’adapter en identifiant dans chaque domaine d’activité les projets prioritaires que nous devons poursuivre et ceux qui peuvent être différés, mais elle ne remet pas en cause nos trajectoires à trois ans. Au contraire, ce plan d’entreprise, élaboré pour nous permettre de gagner en agilité, en performance opérationnelle et en compétitivité, nous donnera, j’en suis convaincu, l’impulsion pour rebondir après la crise.

 

 

Vous avez également lancé une grande consultation interne pour définir la raison d’être du Groupe. Pourquoi cette démarche et pourquoi l'avoir initiée en même temps que le Plan d'entreprise ?

 

Il était important que l’ensemble des administrateurs et des collaborateurs contribuent à la définition de la raison d’être. Cette démarche participative non seulement favorise l’engagement collectif autour des grands axes d’Impulsion 20-22, mais illustre aussi la transformation des méthodes de l’entreprise. D’ailleurs, elle a été très appréciée par le corps social, qui a répondu massivement à la consultation et salué l’initiative dans sa grande majorité. En outre, l’élaboration concomitante du plan d’entreprise et de notre raison d’être nous a permis de cibler précisément là où devaient porter nos efforts. Au moment où nous nous dotions d’un nouveau plan pour accélérer notre transformation sur des chantiers prioritaires, il était logique de réaffirmer ce qui fait notre singularité dans l’exercice de nos métiers, dans notre façon d’agir et dans le modèle d’assurance de protection sociale que nous défendons. Dans un environnement en perpétuel mouvement, notre raison d’être rappelle les fondamentaux immuables qui nous rassemblent et doivent guider nos actions. C’est le repère qui orientera nos décisions futures et nous permettra d’avancer tous dans le même sens.

 

 

Le 25 juin 2019, vous avez été élu à la présidence du Global Compact France. Ce mandat prend-il un relief particulier à la lumière de la crise que traverse le monde ?

 

Il conforte, en effet, tous les engagements que j’ai pris au nom du Groupe en faveur d’un avenir plus solidaire et d’un développement plus durable ! Nous sommes signataires du Pacte mondial des Nations unies depuis 2003 et intégrons dans notre stratégie les objectifs du développement durable (ODD) comme les 1 000 autres entreprises françaises responsables, adhérentes du Global Compact France. C’est une grande fierté pour moi de présider cette organisation, la seconde dans le monde en nombre d’adhérents, juste derrière l’Espagne. C’est aussi une grande responsabilité, car les 17 ODD visés par le Global Compact sont censés être atteints en 2030, autant dire demain !

 

« Cette crise est à la fois un révélateur et un facteur aggravant des faiblesses de notre système de protection sociale. »

 

Or, hier encore, cet ambitieux programme semblait hors de portée. Si cette crise provoque un sursaut salutaire dans notre manière de vivre, de produire et de consommer, nous pouvons espérer nous en rapprocher. Je mettrai en tous cas toute mon énergie à promouvoir ses valeurs comme l’a fait avec succès mon prédécesseur, Jean-Pascal Tricoire. C’est aussi pour essaimer des pratiques plus respectueuses de l’environnement que le Groupe a signé en 2019 le French Business Climate Pledge du Medef pour la période 2020-2023. Par cette adhésion, nous nous engageons à lutter contre le dérèglement climatique, ce que nous avons déjà commencé à faire en qualité d’investisseur et d’émetteur.

 

 

Pour conclure, quelles leçons faut-il, selon vous, tirer de cette crise ?

 

Même s’il est encore prématuré de dresser un bilan, cette crise interroge inévitablement nos consciences. Elle est à la fois un révélateur et un facteur aggravant des faiblesses de notre système de protection sociale, dont la solidité s’est érodée au fil du temps, notamment sous l’effet des politiques d’austérité et du vieillissement démographique. Ainsi, au fur et à mesure que les besoins augmentaient et que de nouveaux risques apparaissaient, les financements, eux, s’amenuisaient et les déserts médicaux s’étendaient.

 

« La force de notre collectif, notre faculté de résilience et d'adaptation constituent de précieux atouts pour relever les  défis qui nous attendent après la reprise. »

 

C’est généralement lorsque nous tombons malades que nous mesurons combien la santé est précieuse. De la même façon, c’est aujourd’hui que les hôpitaux, les Ehpad et tous leurs personnels sont soumis à rude épreuve que nous réalisons combien leur importance est vitale. Cette crise sanitaire, qui se double d’une crise financière et économique, nous appelle à repenser aussi bien notre système de protection sociale que notre modèle économique et notre rapport à la planète. Les questions que se posaient hier les Français sur leur retraite, leur patrimoine ou la protection de leurs proches, et à partir desquelles nous avons bâti notre campagne « Mes questions pour demain », vont prendre de l’ampleur. De nouvelles interrogations vont apparaître et les réponses attendues devront être à la hauteur des nouveaux enjeux. Grâce à la force de nos expertises, de nos conseils, de nos réseaux, de notre proximité et de notre engagement sociétal, je ne doute pas que nous saurons satisfaire les nouveaux besoins que cette crise aura fait naître. Durant ces derniers mois, guidés par nos valeurs et nos fondamentaux, aidés par notre plan d’entreprise et la mobilisation de tous, nous avons démontré notre capacité à innover et à nous adapter au contexte de ruptures. Ces atouts nous permettent d’envisager la sortie de crise et l’avenir de manière plus sereine. Ils contribuent à la valeur ajoutée que nous savons créer pour nos assurés et nourrissent la confiance durable qu’ils nous témoignent.

 

 

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