Le groupe

Entretien avec André Renaudin, Directeur général d'AG2R LA MONDIALE

« Nous avons vocation à proposer des services qui prolongent l’assurance de personnes. »

Entretien avec André Renaudin, Directeur général d'AG2R LA MONDIALE
Pierre Olivier / Capa Pictures

L’année 2020 a été marquée par la pandémie mondiale et la persistance de taux négatifs. Comment le Groupe a-t-il surmonté ces épreuves ?

 

En un mot, nous avons démontré une remarquable résilience. Dès le premier confinement, nous avons oeuvré pour
protéger notre capital humain, accompagner nos assurés en difficulté et préserver notre solidité financière. Sur ces trois fronts simultanés, nous avons tenu nos engagements tout en assurant la continuité de nos activités. S’agissant de la santé de nos collaborateurs, le déploiement en 2019 de l’accord sur le télétravail nous a facilité la tâche. En moins de 15 jours, l’ensemble de nos salariés étaient équipés pour pouvoir travailler à distance et maintenir la relation avec nos clients.
En matière de soutien aux assurés, nous avons mis à disposition de nos différents publics l’ensemble de nos services déjà existants et en avons déployé de nouveaux pour répondre aux besoins des plus fragiles. Nous avons également participé à la solidarité nationale en mettant en place une série de mesures : le report de cotisations en prévoyance santé pour 70 millions d’euros, le soutien aux PME via 90 millions d’euros d’investissements, l’allègement d’obligations financières sur 230 millions d’euros d’actifs gérés ou encore l’attribution d’aides sociales individuelles à hauteur de 36 millions d’euros, dont 6 millions au titre de notre contribution au Fonds public de solidarité créé par le Gouvernement.

 

« Malgré la pandémie et les taux d’intérêt négatifs, nos fondamentaux restent solides. »

 

Malgré les coûts supplémentaires générés par la pandémie et des taux d’intérêt à dix ans négatifs en moyenne annuelle, nos fondamentaux restent solides. Si nous avons tenu bon, c’est en grande partie grâce à la cohésion et à l’implication de notre corps social, que je souhaite de nouveau remercier chaleureusement. Je suis très reconnaissant à nos administrateurs et délégués d’avoir répondu présents à chaque réunion d’instance, permettant ainsi la continuité de la vie démocratique du Groupe malgré les restrictions imposées par la situation sanitaire. Je suis également très fier de nos collaborateurs toujours mobilisés, dans des conditions parfois difficiles, pour accomplir leurs missions et répondre aux nombreuses sollicitations de nos assurés. L’engagement des uns et des autres illustre la force incomparable de notre collectif.

 

Au regard de cette année particulière, comment analysez-vous les résultats du Groupe ?


Nos résultats 2020 en retraite complémentaire comme en assurance de personnes sont plus qu’honorables compte tenu de tous les impacts que nous avons dû absorber : la baisse des cotisations retraite consécutive au chômage partiel et celle des dotations de gestion accordées par la Fédération Agirc-Arrco ; les efforts fournis pour accompagner nos assurés ; enfin, les taux bas qui ont durement pénalisé l’assurance vie, mais aussi pesé sur nos provisions techniques, nos rendements financiers et nos ratios de solvabilité.

 

« Notre résultat reste supérieur à 200 millions d’euros depuis plus de dix ans. »

 

Ces résultats traduisent notre volonté de maintenir l’équilibre entre un haut degré de solidarité et une performance soutenue, sans laquelle rien n’est possible. Ainsi, en retraite complémentaire, nous affichons un résultat courant stable et avons déjà dépassé l’objectif de baisse des frais attendue dans notre trajectoire pour 2022. S’agissant du périmètre assurantiel, le fléchissement
des cotisations en prévoyance et en épargne ne doit pas occulter les bonnes performances du Groupe par ailleurs. En santé, les cotisations sont en hausse et notre portefeuille collectif s’est renforcé malgré notre politique sélective sur ce marché à la fois très concurrentiel et déficitaire. De même, en épargne assurance vie, nous avons continué à piloter la collecte en supports euros, tout en enregistrant une collecte nette record d’1,4 milliard d’euros d’unités de compte, dont la part est supérieure de plus de dix points à celle de la moyenne du marché. Enfin, la hausse des cotisations en retraite supplémentaire confirme le succès de nos plans d’épargne retraite (PER) au bout d’une année complète de commercialisation. De ce fait, même s’il accuse une baisse significative par rapport à 2019, qui était de surcroît une année exceptionnelle, le résultat net part du Groupe reste nettement positif, supérieur à 200 millions d’euros depuis plus de dix ans.

 

Dans cet environnement financier défavorable, comment le Groupe a-t-il réussi à accroître ses fonds propres, en hausse continue depuis 2008 ?


C’est justement en tirant bénéfice des taux bas que nous avons continué d’améliorer nos fonds propres au travers de deux émissions de dette subordonnée de 500 millions d’euros chacune, dont l’une au taux exceptionnel de 0,75 %.
La commercialisation de certificats mutualistes conforte également notre marge de solvabilité, qui, malgré une dégradation de 41 points, reste excédentaire de 6 milliards d’euros. 

 

« Le rehaussement de notre notation constitue une belle reconnaissance de la robustesse du Groupe. »

 

La réussite de nos émissions de dette et le succès de nos certificats mutualistes témoignent de la confiance durable que
les investisseurs et nos assurés placent dans AG2R LA MONDIALE. Le rehaussement de notre notation par Standard & Poor’s constitue également une belle reconnaissance de la robustesse du Groupe. Je suis convaincu que la remontée des taux en 2021 nous permettra de renouer rapidement avec un ratio supérieur à 200 %.

 


Alors que l’accélération de la campagne de vaccination laisse espérer un retour progressif à la normale, quels enseignements tirez-vous de cette pandémie ?


La situation sanitaire a mis en lumière le besoin accru de protection des personnes, de sécurisation des revenus et de nouveaux services pour vieillir en bonne santé le plus longtemps possible. Ces attentes sont légitimes au regard de l’allongement de tous
les âges de la vie : l’entrée tardive des jeunes sur le marché du travail, la vie professionnelle souvent ponctuée de ruptures et de changements de statuts, la retraite active, l’état de dépendance. Or, notre société est insuffisamment préparée pour affronter ce défi de la longévité. Un pas a été franchi l’été dernier avec l’adoption par le Parlement de la création d’une 5e branche de la Sécurité sociale dédiée à la perte d’autonomie. Cependant, au-delà de la stricte question du financement, beaucoup reste encore à faire en matière de prise en charge, alors que notre pays va faire face à un véritable choc démographique à partir de 2025. À cette date, les baby-boomers d’après-guerre auront 80 ans, âge moyen auquel la pleine autonomie décline.

 

« Notre société est insuffisamment préparée à affronter le défi de la longévité. »

 

Face à cet enjeu sociétal d’ampleur, notre pays est sous-équipé dans deux domaines essentiels : en ressources humaines, avec un déficit de personnels qualifiés pour accompagner le grand âge, et en habitats adaptés, avec un manque de structures intermédiaires entre domicile, résidence seniors et établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (ehpad).


Comment le Groupe entend-il répondre à ces nouveaux besoins ?


Acteur de premier plan de la protection sociale, notre vocation est de répondre à cet enjeu de l’adaptation de la société au défi de la longévité, d’autant que la solidarité nationale ne pourra pas tout résoudre à elle seule. Nous avons commencé à le faire, par exemple à Tulle ou avec la Mutuelle du bien vieillir (MBV), membre du Groupe depuis près de 20 ans. En ligne avec notre raison d’être, nous avons vocation à proposer à nos assurés des services qui prolongent l’assurance de personnes. Cette ambition implique de nouer de nouveaux partenariats en complément du champ assurantiel pour nous diversifier vers de nouveaux métiers et modèles d’affaires. C’est dans ce cadre que, le 7 avril dernier, nous sommes entrés en négociation exclusive avec Nexity, le leader de la promotion immobilière en France, pour l’acquisition de sa filiale
Aegide-Domitys, spécialisée dans les résidences services seniors. Cette prise de participation majoritaire nous permettra de proposer aux seniors des solutions innovantes d’hébergement collectif. Sans préjuger de l’issue de cette négociation, nous sommes très heureux d’ajouter ce savoir-faire à nos métiers d’assurance et de protection sociale.


Arrivé à mi-parcours, le plan d’entreprise Impulsion 20-22 se déploie-t-il comme prévu ?


Ce plan d’entreprise a montré toute sa pertinence dans un contexte atypique et tourmenté. Les difficultés liées à la pandémie et à la constance de taux négatifs ne nous ont pas empêchés de poursuivre notre transformation et de dérouler notre plan
de performance ; elles nous ont incités à accélérer et à amplifier cette dynamique, plaçant plus que jamais l’intérêt de nos assurés au coeur de notre stratégie. Malgré les épreuves, nous sommes restés maîtres de notre avenir, tout en sachant créer de belles opportunités de partenariats comme avec CNP Assurances et Natixis Interépargne en épargne retraite et salariale.

 

« Le plan d’entreprise a montré toute sa pertinence dans un contexte atypique et tourmenté. »

 

C’est cette conjugaison de résilience et d’agilité qui nous permet aussi de participer pleinement à la recomposition du paysage de la protection sociale. Aujourd’hui, le projet de réforme de la protection sociale complémentaire des fonctions publiques nous donne l’opportunité d’accueillir prochainement Intériale au sein de notre pôle mutualiste. La mutuelle historique du ministère de l’Intérieur, qui protège 450 000 agents et leurs ayants droit, souhaite en effet entrer en négociation exclusive avec AG2R LA MONDIALE en vue de nous rejoindre. Cette adhésion ouvrirait, sous réserve des approbations préalables, de nouvelles perspectives au Groupe sur un marché qui compte plus de cinq millions de personnes.


Le Groupe se prépare au choc démographique. A-t-il pris de nouveaux engagements face à l’urgence climatique ?


Oui et, dans ce domaine, nous entendons montrer la voie comme nous l’avons fait il y a 20 ans en matière d’investissement responsable. Un groupe de protection sociale doit se montrer ambitieux dans la façon dont il se comporte vis-à-vis de ses assurés, de ses salariés et de la société tout entière.

 

« Le choc démographique et le défi climatique sont étroitement imbriqués. »

 

Nous appartenons à une collectivité et, à ce titre, nous avons une responsabilité citoyenne autant que fiduciaire. Conscient que nos portefeuilles sont encore loin d’atteindre l’objectif de limitation à +1,5° du réchauffement climatique d’ici 2100, nous avons pris de nouveaux engagements, comme l’exclusion définitive du charbon dans nos investissements d’ici 2030. Nous menons également une politique de dialogue actionnarial avec les émetteurs, en particulier dans les secteurs du gaz et du pétrole, pour les inciter à adopter des modèles d’affaires compatibles avec l’Accord de Paris. Nous nous sommes, en outre, engagés sur la voie de la sobriété numérique, dans le prolongement de notre adhésion au manifeste Planet Tech’Care. Enfin, nous avons amorcé des actions en faveur de la biodiversité. En réalité, le choc démographique et le défi climatique sont étroitement imbriqués. Notre responsabilité d’assureur est triple : accompagner nos assurés dans la durée tout au long d’une vie qui s’allonge à tous les âges ; contribuer à consolider l’économie et les emplois qui constituent le socle de la protection sociale et, en même temps, léguer aux générations futures un monde plus vivable et plus solidaire. C’est tout le sens de notre raison d’être et de notre signature « prendre la main sur demain ».

 

 

 

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