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Protection des revenus et du patrimoine : contexte et enjeux

Si la pandémie a suspendu l’universalisation de la retraite complémentaire, elle a néanmoins accentué l’urgence de pérenniser la retraite par répartition. Au-delà d’épargner massivement, les Français ont davantage pris conscience de la nécessité de préparer leur retraite. Ils ont ainsi très bien accueilli le nouveau PER.

L’universalisation de la retraite complémentaire en suspens


Effet collatéral de la situation sanitaire, les projets de loi inscrits au calendrier parlementaire en 2020 ont été ajournés sine die. La pandémie a notamment stoppé le processus législatif d’adoption de la réforme des retraites, mettant un coup d’arrêt à la mise en œuvre du système universel. L’urgence de pérenniser la retraite par répartition reste cependant plus que jamais d’actualité, comme en témoignent les initiatives de l’Agirc-Arrco et des groupes de protection sociale pour améliorer le service et simplifier les démarches des assurés. Sous l’effet de la réduction des cotisations, le montant du déficit de l’Agirc-Arrco s’établit à 4,8 milliards d’euros. Le total des réserves détenues par la Fédération s’élève désormais à plus de 61 milliards d’euros, en baisse de 4 milliards d’euros par rapport à 2019. Quant au transfert du recouvrement à l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), prévu le 1er janvier 2022, il fait toujours l’objet de débats et reste en attente des arbitrages ministériels.

 

Révolution du marché de la retraite supplémentaire


A contrario, la nouvelle architecture générale de la retraite supplémentaire, amorcée en 2019 avec le vote de la Loi Pacte, s’est poursuivie en 2020. Destinée à rendre l’épargne retraite à la fois plus simple et plus attractive, elle a fait table rase de tous les contrats existants, toujours actifs mais fermés à la commercialisation depuis le 1er octobre dernier : Préfon, Madelin, Perp, Perco et article 83. Une nouvelle génération de produits, regroupés au sein du nouveau Plan d’épargne retraite (PER), a pris la relève sur un marché concurrentiel élargi, dans lequel sociétés de gestion et assureurs sont en compétition. Désormais, l’ensemble des versements visant à se constituer des revenus complémentaires à la retraite, individuels comme collectifs, sont hébergés dans une seule et même enveloppe et affectés à l’un des trois compartiments du dispositif selon qu’ils sont volontaires, obligatoires ou issus de l’épargne salariale. La possibilité de regrouper tous ses contrats de retraite préexistants dans un PER, la transférabilité des PER entre eux, leur portabilité tout au long du parcours professionnel et la possibilité de sortie en capital pour les versements volontaires et l’épargne salariale apportent une flexibilité nouvelle qui rapproche les univers de la retraite et de l’épargne. 

 

Les Français inquiets sur le montant de leur future pension


Cette transformation radicale devrait inciter les ménages à réorienter une partie de leurs économies vers un régime facultatif, d’autant que 72 % des actifs craignent de ne pas disposer d’une pension de retraite suffisante*. C’est du moins ce qu’espère le Gouvernement, qui compte faire passer les encours de la retraite supplémentaire de 230 milliards d’euros aujourd’hui à 300 milliards en 2022. En attendant, les PER commercialisés par les assureurs ont rencontré un vrai succès auprès des épargnants en collectant 13 milliards d’euros en 2020, seulement 14 mois après leur lancement. Un début encourageant que l’épargne accumulée par les Français en 2020 pourrait amplifier dans les prochains mois. 

 

Record absolu de l’épargne des ménages


En effet, durant cette année hors norme, le bas de laine des Français n’a jamais été aussi rempli avec un record d’épargne cumulée d’environ 220 milliards d’euros contre 138 milliards en 2019. Si l’épargne de précaution n’est pas en soi une nouveauté, elle a atteint des sommets en raison des inquiétudes générées par la crise et d’une consommation bridée par plusieurs confinements. Comme les années précédentes, les comptes courants ont recueilli la plus grande part de cette épargne, soit 50 milliards d’euros, et affichent un encours vertigineux de 461 milliards d’euros. En deuxième position, le livret A a collecté 26 milliards d’euros, suivi des livrets bancaires avec 16 milliards d’euros. Dans un climat anxiogène et incertain, les ménages français, traditionnellement peu appétents au risque, ont privilégié la liquidité et la sécurité, préférant différer leurs opérations de long terme et renoncer à toute espérance de rémunération. 

 

Décollecte temporaire en assurance vie


Paradoxalement, l’assurance vie n’a pas profité de cet engouement forcé pour les placements refuges. Pourtant, bien que les taux d’intérêt demeurent à un niveau très bas voire négatif et que les rendements s’effritent d’année en année, celle-ci est plus rémunératrice que les livrets bancaires. Sans doute la crainte non fondée des Français de voir leur épargne bloquée pendant huit ans sur un contrat d’assurance vie, conjuguée à certaines restrictions d’accès imposées par les assureurs sur les fonds euros pour limiter leur dilution, ont-elles contribué à la faible collecte de ces produits en 2020. Seuls les épargnants prêts à diversifier leur contrat via une part d’unités de compte (UC) pour rechercher un supplément de rémunération sur le moyen long terme ont maintenu leurs investissements. Résultat : l’assurance vie affiche une décollecte de 10 milliards d’euros, mais cette désaffection n’a été que temporaire. Dès le mois de décembre, le placement préféré des Français a repris des couleurs, avec une collecte nette positive de 550 millions d’euros et cumule un encours total de près de 1 800 milliards d’euros. 

 

* Étude réalisée auprès des Français par l’Ifop en septembre 2020 pour AG2R LA MONDIALE, Le Cercle de l’Épargne et Amphitéa.
 

 
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