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Vivre mieux à tous les âges par André Masson

« La cinquième branche de la Sécurité sociale ne suffira pas à couvrir les coûts de la dépendance lourde. »

Vivre mieux à tous les âges par André Masson
© Florence Brochoire

Face à la vague déferlante des baby-boomers attendue en maisons de retraite d’ici 2030, la France apparaît mal préparée.

Si la cinquième branche créée au sein de la Sécurité sociale permettra, au mieux, de prendre en charge les dépenses de soins et d’accompagnement de la perte d’autonomie, elle ne suffira pas à couvrir les coûts spécifiques de la dépendance lourde. Quand celle-ci survient, les familles concernées subissent aujourd’hui une double peine : la perte d’autonomie de leur proche et l’amputation, parfois considérable, de leur patrimoine pour financer les coûts élevés d’hébergement en maison de retraite ou d’aide à domicile.

 

Les risques de dépendance et de perte de patrimoine qui en découle sont mal couverts par le marché.

Du côté de l’offre, les assureurs sont réticents à proposer une assurance complémentaire à l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA), dont l’évolution n’est pas connue, et à couvrir un risque dont les coûts sont donc peu prévisibles. Du côté de la demande, l’attitude dominante est le déni. Les épargnants ne sont guère enclins à s’assurer contre un risque auquel ils espèrent échapper et, à défaut, préfèrent constituer des réserves dans des placements sécurisés et liquides. S’ils n’utilisent pas ces sommes pour financer
leur dépendance, ils savent qu’au moins elles reviendront à leurs enfants en héritage.

 

La promesse d’une assurance autonomie publique obligatoire a été constamment ajournée en raison des problèmes de financement qu’elle soulève.

Le prélèvement d’une cotisation sur les pensions de retraite pour financer la dépendance risquerait d’altérer la confiance déjà fragile et entamée dans le système par répartition. Le recul de l’âge de départ à la retraite pénaliserait les actifs, qui ne sont responsables
ni du grand nombre ni de la longévité des seniors actuels. La solution pourrait être un nouveau contrat entre générations, qui passerait par des retours de solidarité des seniors sur leur patrimoine en compensation d’un travail plus long des actifs.

 

 

Pour aller plus loin, écouter l'interview intégrale au format podcast

 

 

Directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et directeur d’études à l’École des Hautes études en sciences sociales (EHESS), André Masson est membre de l’École d’économie de Paris et de la chaire Transitions démographiques, Transitions économiques (TDTE). Ses principaux thèmes de recherche portent sur les comportements d’épargne, les transferts intergénérationnels, la consommation et le patrimoine. Dernier ouvrage paru : « Nos sociétés de vieillissement entre guerre et paix » aux Éditions L’autreface, décembre 2020.

 

 

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