La santé des femmes au travail : quels enjeux et leviers d’action pour les branches professionnelles ?
Le 23 mars, Culture branches a consacré son deuxième rendez-vous de l’année à la santé des femmes au travail, une thématique qui s’impose aujourd’hui en matière de prévention et de maintien dans l’emploi, et qui peine encore à trouver toute sa place dans les politiques de santé au travail. Introduite par Pascale Soyeux, cette rencontre a réuni experts, négociateurs et partenaires sociaux autour d’un objectif partagé : mieux comprendre les situations vécues pour adapter les réponses et accompagner durablement les parcours professionnels.
À l’initiative des pôles professionnels d’AG2R LA MONDIALE, une enquête nationale menée auprès de près de 8 000 femmes a permis d’objectiver ces enjeux. Juliette Mauro (My S Life) et Pascal Gillet (Medialane) en ont présenté les principaux enseignements, en éclairant les liens entre santé, parcours de vie et activité professionnelle. En fil conducteur de la rencontre, ils ont également animé les échanges, dialogué avec les participants et mis en perspective les témoignages des branches professionnelles.
En croisant analyse des résultats, retours d’expérience et échanges avec les acteurs de terrain, cette rencontre a permis de faire émerger des constats partagés et d’ouvrir des pistes d’action pour mieux outiller les branches dans l’intégration de la santé des femmes dans leurs démarches de prévention et de dialogue social.
Culture branches, qui fête ses 10 ans en 2026, est aujourd’hui une communauté active de plus de 1 000 négociateurs qui entend stimuler la réflexion sur la protection sociale complémentaire de demain.
L’édito de Pascale Soyeux, membre du Comité Exécutif Groupe en charge de la santé prévoyance et des accords de branches d’AG2R LA MONDIALE
Santé des femmes au travail : repenser la prévention à l’échelle des branchesLongtemps restée dans l’angle mort des politiques de prévention, la santé des femmes au travail prend aujourd’hui une place croissante pour les entreprises et les branches professionnelles. Derrière ce sujet, il y a des cas multiples, liés aux parcours de vie, aux conditions de travail et aux vulnérabilités spécifiques auxquelles les femmes peuvent être confrontées. De la santé gynécologique aux enjeux liés à la périménopause ou à la ménopause, ces dimensions influencent directement la manière de travailler, la capacité à se maintenir en emploi et, plus largement, la qualité de vie professionnelle.
Dans ce contexte, nous avons souhaité objectiver ces réalités en nous appuyant sur une enquête nationale inédite, portée par les pôles professionnels d’AG2R LA MONDIALE. Présentée par Juliette Mauro et Pascal Gillet, cette étude apporte un éclairage structurant sur les interactions entre santé, travail et parcours de vie. Elle met en évidence l’impact des différents moments de vie, mais aussi le rôle des facteurs médico-psycho-sociaux et des environnements professionnels.
Les enseignements sont sans équivoque : les situations vécues relèvent rarement d’un seul facteur, mais s’inscrivent dans la combinaison de contraintes professionnelles, personnelles et sociales qui peuvent s’exprimer dans le travail. Ce constat invite à dépasser une approche uniforme de la prévention pour mieux prendre en compte la diversité des parcours et des métiers.
Ces constats interrogent directement les pratiques des entreprises, le rôle des managers et, plus largement, la manière dont les politiques de prévention sont conçues et déployées. Ils invitent à changer de regard, en intégrant pleinement la santé des femmes comme une dimension structurante de la santé au travail.
Pour les branches professionnelles, l’enjeu est clair : se saisir de ces réalités pour adapter les dispositifs, faire évoluer les approches et accompagner les transformations du travail. Les femmes expriment d’ailleurs une attente forte : pouvoir continuer à travailler, à condition que leurs besoins soient mieux compris, reconnus et pris en compte, à travers un dialogue ouvert et des ajustements concrets.
Face à ces enjeux, l’ambition n’est pas de créer des dispositifs à part, mais bien d’outiller les branches pour agir de manière plus fine, plus adaptée et plus efficace. C’est dans cet esprit que s’inscrit Culture branches : créer les conditions d’un dialogue éclairé, partager des repères communs et accompagner les partenaires sociaux dans la construction de réponses concrètes, au plus près des pratiques professionnelles.
Résultats d’une enquête nationale inédite : mieux comprendre les moments de vie et les vulnérabilités pour agir
Présentée par Juliette Mauro, cofondatrice et CEO de My S Life, et Pascal Gillet, président de Medialane, l’enquête nationale menée par les pôles professionnels d’AG2R LA MONDIALE a constitué le point d’appui central de cette rencontre. Réalisée auprès de plus de 8 000 femmes issues notamment de secteurs du quotidien et essentiels, comme l’alimentaire, le soin et le lien social, elle vise à mieux comprendre les interactions entre santé, parcours de vie et activité professionnelle, en tenant compte de la diversité des situations de travail.
Au-delà de son ampleur, cette étude se distingue par son approche globale. Elle propose une lecture croisée, encore peu développée jusqu’ici, en analysant à la fois l’impact du travail sur la santé des femmes, mais aussi celui de la santé (en particulier gynécologique, hormonale et reproductive) sur leur activité professionnelle. Cette double entrée permet de dépasser une vision fragmentée et de mieux appréhender les réalités vécues à travers l’articulation entre santé et activité professionnelle.
« La santé hormonale et gynécologique conditionne la santé globale des femmes tout au long de leur vie, personnelle comme professionnelle », a rappelé Juliette Mauro.

Les résultats mettent en lumière des effets très concrets sur le quotidien professionnel. Douleurs, fatigue, troubles du sommeil ou difficultés de concentration influencent directement la capacité à travailler, l’organisation de l’activité et les conditions d’exercice. Ces difficultés s’inscrivent dans des parcours de vie marqués par différentes étapes (de la puberté à la ménopause) qui structurent durablement les trajectoires professionnelles et restent encore insuffisamment intégrées dans les démarches de prévention.
« Les femmes ont répondu librement, dans l’ordre de leur choix, ce qui permet de refléter leurs priorités et leurs vécus », a précisé Pascal Gillet.
Chiffres clés à retenir
- 83 % des femmes déclarent être gênées par leurs règles au travail
- 59 % établissent un lien entre santé mentale et activité professionnelle
- 70 % estiment que leurs douleurs sont liées à leur activité
- 1 femme sur 2 indique un impact de la périménopause ou de la ménopause sur son travail
- 43 % des femmes souffrant de douleurs chroniques présentent également des symptômes dépressifs
- 22 % seulement se sentent à l’aise pour parler de santé féminine au travail
L’enquête met également en lumière plusieurs ensembles de situations qui jalonnent les parcours de vie des femmes : la santé reproductive (grossesse, post-partum, parcours de PMA), les pathologies gynécologiques (endométriose, fibromes, dysménorrhées) et les enjeux liés à la périménopause et à la ménopause. Chacune de ces dimensions a des répercussions concrètes sur le travail, qu’il s’agisse de fatigue, de douleurs, de contraintes organisationnelles ou de difficultés à concilier suivi médical et activité professionnelle.
Mais au-delà de ces cas bien précis, l’étude fait apparaître un élément structurant : les difficultés rencontrées par les femmes relèvent rarement d’un facteur isolé. Elles s’inscrivent dans des trajectoires marquées par l’interaction de plusieurs facteurs (professionnels, personnels et sociaux) qui viennent se renforcer mutuellement.
Focus – L’effet cumulatif des vulnérabilités : une clé de lecture essentielle
L’un des enseignements majeurs de l’enquête réside dans la mise en évidence d’une dynamique globale. Les situations vécues ne peuvent être comprises indépendamment les unes des autres : charge domestique, parentalité, rôle d’aidante, douleurs chroniques, troubles hormonaux ou encore violences s’entrecroisent et produisent des effets cumulés.
Cette dynamique est d’autant plus marquée que certaines situations se prolongent ou se superposent dans le temps.
Le travail devient alors le point de convergence de ces tensions, avec des impacts directs sur la santé physique, la santé mentale et la capacité à se maintenir durablement dans l’emploi. Cette lecture invite à dépasser une approche par thématique pour adopter une vision plus globale des parcours de vie, condition essentielle pour adapter les actions de prévention.
Dans ce contexte, les résultats de l’enquête mettent en évidence que les femmes ne remettent pas en cause leur place dans le travail. Elles expriment au contraire une volonté claire de poursuivre leur activité, à condition que leurs besoins soient mieux compris et pris en compte. Elles appellent à des réponses pragmatiques, fondées sur des ajustements simples, un dialogue ouvert et une meilleure reconnaissance des situations vécues.
L’étude souligne ainsi le rôle déterminant des environnements professionnels et des acteurs de terrain. Le déficit de formation des managers, la difficulté à aborder ces sujets ou encore l’absence de cadre adapté constituent aujourd’hui des freins importants. À l’inverse, le développement d’une culture du dialogue, la montée en compétence des encadrants et l’intégration de ces enjeux dans les politiques de prévention apparaissent comme des leviers essentiels pour améliorer durablement la qualité de vie au travail et favoriser le maintien dans l’emploi.
Regards croisés des branches : des réalités sectorielles différentes, un même enjeu d’adaptation
Dans la continuité de la présentation de l’enquête, Pascale Soyeux a invité plusieurs représentants de branches professionnelles à réagir aux enseignements présentés. Aux côtés de Juliette Mauro et Pascal Gillet, qui ont rythmé cette séquence en posant des questions ciblées et en mettant en perspective les interventions, ces échanges ont permis de confronter les résultats de l’étude aux retours du terrain.
Interrogé sur les implications de ces résultats pour les métiers de l’alimentaire, Renaud Giroudet, Directeur des affaires sociales, emploi et formation de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), a souligné la nécessité d’adapter les approches de prévention. Il a notamment insisté sur les limites d’une lecture strictement égalitaire, qui peut conduire à invisibiliser certaines spécificités liées au genre. À l’inverse, une approche plus différenciée permettrait de mieux prendre en compte les spécificités des métiers, notamment dans des environnements physiquement exigeants où certaines problématiques, comme celles liées à la ménopause, restent encore insuffisamment intégrées.
« Une approche strictement égalitaire peut conduire à invisibiliser certaines réalités liées au genre », a souligné Renaud Giroudet.
Ce besoin d’adaptation se retrouve également dans des secteurs fortement féminisés, à l’image de la branche vétérinaire. Anne Daumas, Directrice du Syndicat National des Vétérinaires (SNVEL), a insisté sur une transformation profonde de la profession, désormais très majoritairement féminine. Cette évolution structurelle appelle une adaptation des politiques de prévention, mais aussi une prise en compte plus fine des enjeux de santé spécifiques aux femmes, en lien avec les enseignements de l’enquête.
« Notre secteur, très féminisé, nous oblige à mieux comprendre l’impact des maladies chroniques et hormonales sur le travail », a expliqué Anne Daumas.
Dans le secteur de la coiffure, Stéphanie Prat Eymeric, Secrétaire fédérale FGTA-FO et Présidente du pôle coiffure d’AG2R LA MONDIALE, a souligné un paradoxe : la forte féminisation des métiers ne garantit pas une meilleure prise en compte des enjeux de santé des femmes. Certaines problématiques restent au contraire banalisées ou peu exprimées, notamment lorsqu’il s’agit de douleurs liées à des pathologies gynécologiques. Ce constat souligne la nécessité de mieux structurer les démarches de prévention et d’outiller les acteurs du secteur.
« Beaucoup de femmes normalisent leur douleur, parce qu’elles ne veulent pas pénaliser leurs collègues ou leur entreprise. (...) Lorsque la santé est comprise, respectée et organisée, c’est toute la profession qui en bénéficie. », a-t-elle rappelé.
Enfin, les échanges ont permis d’illustrer de manière particulièrement concrète l’un des enseignements clés de l’enquête. Laurence Grandjean, Vice-présidente CFE-CGC des organismes de Sécurité sociale et Vice-présidente du pôle ESS d’AG2R LA MONDIALE, a insisté sur les spécificités du secteur de l’économie sociale et solidaire, où les contraintes professionnelles, sociales et personnelles peuvent se superposer.
« Précarité, charges familiales, rôle d’aidante ou difficultés sociales viennent ainsi renforcer les problématiques de santé, appelant des réponses plus individualisées et adaptées aux parcours », a t-elle souligné.
Les échanges ont fait apparaître que, malgré des réalités différentes d’une branche à l’autre, les enseignements de l’enquête trouvent un écho dans l’ensemble des secteurs. Ils invitent à faire évoluer les pratiques, en intégrant davantage les spécificités des parcours de vie et en développant des approches de prévention plus fines, au plus près des réalités des métiers.
Échanges avec les participants : des attentes concrètes et un besoin d’outillage
Les discussions ont fait émerger plusieurs enjeux clés : la difficulté à aborder ces sujets en entreprise, le besoin de structurer le dialogue et l’attente de solutions concrètes.« Quand on sait de quoi on parle, il n’y a pas de difficulté à aborder ces sujets. Les femmes veulent surtout être écoutées. » Plusieurs participants ont également exprimé le besoin d’outils opérationnels comme des supports d’information ou l’organisation de webinaires pour passer plus rapidement à l’action.
Ces échanges confirment une attente forte des acteurs de terrain : disposer de repères clairs pour intégrer durablement la santé des femmes dans les pratiques professionnelles.




Le mot de la fin de Pascale Soyeux, membre du Comité Exécutif Groupe en charge de la santé prévoyance et des accords de branches d’AG2R LA MONDIALE
Faire de la santé des femmes au travail un levier d’action pour les branchesCe deuxième rendez-vous de l’année a permis de mettre en évidence plusieurs enseignements. La santé des femmes au travail doit désormais être pleinement intégrée dans les politiques de prévention.
D’abord, l’impact des spécificités féminines sur le travail reste encore largement sous-estimé, alors même qu’il influence concrètement les conditions d’exercice et les trajectoires professionnelles.
Ensuite, les situations s’inscrivent dans une combinaison de facteurs qui produisent des effets durables sur la santé et le maintien en emploi.
Enfin, le rôle des employeurs et des managers est déterminant : les femmes expriment des besoins en matière de dialogue, de reconnaissance et d’adaptation des organisations de travail.
Je tiens à remercier très chaleureusement l’ensemble des intervenants pour la richesse de leurs contributions : Juliette Mauro et Pascal Gillet, pour la qualité de leurs analyses et leur rôle d’animation tout au long de cette rencontre ; Renaud Giroudet, Anne Daumas, Stéphanie Prat Eymeric et Laurence Grandjean, pour leurs éclairages concrets et complémentaires.
Les branches professionnelles sont aujourd’hui en première ligne pour traduire ces constats en actions concrètes. Elles constituent un levier essentiel pour structurer des réponses adaptées, au plus près des pratiques professionnelles.
Pour accompagner cette dynamique, trois niveaux d’action ont été identifiés, avec un objectif : proposer des solutions concrètes, mobilisables par l’ensemble des branches.
- prévenir les risques à certains moments clés de la vie
- former et outiller les encadrants
- informer, évaluer et accompagner les situations de vulnérabilité
Ces dispositifs ont vocation à être partagés largement.
Chez AG2R LA MONDIALE, nous sommes pleinement mobilisés pour accompagner ces transformations. À travers Culture branches, nous poursuivons une ambition claire : créer un espace de dialogue, de partage et de co-construction pour accompagner les partenaires sociaux dans ces évolutions.
Je vous donne rendez-vous le 11 juin prochain, de 9h à 14h, pour un nouveau temps d’échanges à l’occasion d’un buffet des branches, et vous remercie pour votre mobilisation en vous disant à très bientôt pour poursuivre ensemble ces réflexions !
À propos de Culture branches
AG2R LA MONDIALE propose des accords de branches santé prévoyance pour près de 110 branches professionnelles. Nos offres co-construites avec les partenaires sociaux répondent aux besoins et spécificités de chaque branche. La particularité d’AG2R LA MONDIALE réside dans la présence de pôles professionnels paritaires et affinitaires au sein de sa Gouvernance : le Pôle alimentaire, le Pôle ESS, le Pôle coiffure.
Créé en 2016, Culture branches entend stimuler la réflexion sur la protection sociale complémentaire de demain. Une approche collaborative innovante d'AG2R LA MONDIALE avec les acteurs clés de la négociation collective, pour construire un modèle de couverture santé et de protection sociale robuste et solidaire. Culture branches, c’est une communauté active de près de 1 000 négociateurs qui se réunissent pour échanger, aux côtés d’experts et de professionnels engagés, sur leurs préoccupations et défis actuels.
Crédit photos : X. Renauld