Risques professionnels : moins d’accidents, mais une sinistralité toujours plus coûteuse
La transformation des risques professionnels se confirme. Si les accidents du travail poursuivent leur recul, la sinistralité devient plus lourde et plus complexe, portée par l’allongement des arrêts, la montée continue des maladies professionnelles et une progression marquée des atteintes psychiques. Le rapport « risques professionnels et sinistralité AT/MP » 2024 établi par la CNAM met également en lumière de fortes disparités selon les secteurs d’activité et le genre, révélant un paysage des risques en milieu professionnel en profonde mutation.
Une accidentologie en baisse… mais un coût en forte hausse
- L’évolution récente des risques professionnels dessine un paysage contrasté. La fréquence globale des accidents du travail atteint un niveau historiquement bas depuis une décennie, avec environ 550 000 accidents recensés, soit une baisse de 1,1 % par rapport à l’année précédente.
- Cette amélioration quantitative masque toutefois une réalité financière préoccupante. L’allongement marqué de la durée moyenne des arrêts de travail entraîne une hausse significative des coûts : pour la première fois, les indemnités journalières deviennent le premier poste de dépenses, atteignant près de 4,9 milliards d’euros. La sinistralité évolue ainsi moins en volume qu’en intensité et en coût.
Maladies professionnelles : une dynamique toujours orientée à la hausse
- Parallèlement, les maladies professionnelles poursuivent une progression continue (+6,7 %). Si les troubles musculosquelettiques (TMS) restent majoritaires, la dynamique est aujourd’hui fortement alimentée par l’essor des risques psychosociaux.
- Les affections psychiques d’origine professionnelle — majoritairement des épisodes dépressifs — ont doublé en quatre ans, traduisant des transformations profondes de l’organisation et des conditions de travail. Ces pathologies, souvent plus longues et complexes à prendre en charge, contribuent directement à l’augmentation des durées d’arrêt.
Des inégalités marquées selon le genre
- Derrière l’amélioration globale des indicateurs se cachent de fortes disparités entre les femmes et les hommes. Depuis l’an 2000, la diminution de 40 % des accidents du travail a essentiellement bénéficié aux hommes. Sur la même période, les sinistres touchant les femmes ont au contraire augmenté de 26 %.
- Très présentes dans les secteurs du soin, du médico-social, du commerce et des services, les femmes sont désormais plus exposées aux maladies professionnelles et aux accidents de trajet, révélant un déséquilibre structurel encore insuffisamment corrigé par les politiques de prévention.
Une sinistralité fortement concentrée par secteurs
- La répartition sectorielle des risques apparaît particulièrement polarisée. Trois quarts des accidents du travail se concentrent dans seulement quatre grands ensembles d’activités :
- les activités de la santé, du nettoyage et du travail temporaire,
- l’aide et l’action sociale sans hébergement,
- le transport,
- le BTP.
- De la même manière, plus de la moitié des risques professionnels se retrouvent dans quatre secteurs clés, au premier rang desquels le médico-social, suivi de l’alimentaire, des services administratifs et des transports. Cette concentration renforce l’enjeu d’actions de prévention ciblées et différenciées.
Chiffres clés à retenir
Accidents du travail (AT) :
- Environ 550 000 cas en 2024.
- Baisse de 1,1% du volume des AT par rapport à 2023.
- Niveau historiquement bas depuis dix ans pour la fréquence globale.
- Baisse de 40% des AT depuis 2000... mais exclusivement chez les hommes.
- Les sinistres touchant les femmes ont bondi de 26% sur la même période.
Indemnités journalières :
- Près de 4,9 milliards d'euros versés (premier poste de dépenses).
Maladies professionnelles (MP) :
- Hausse continue de 6,7%.
- Troubles musculosquelettiques (TMS) restent les plus nombreux.
- Affections psychiques (dépression majoritaire) : ont doublé au cours des quatre dernières années.
Concentration des risques :
3/4 des accidents du travail dans seulement 4 secteurs :
- Activités de la santé, du nettoyage et du travail temporaire (29%)
- Aide et action sociale sans hébergement (17%)
- Transport (16%)
- BTP (14%)
Plus de la moitié des risques professionnels dans 4 secteurs principaux :
- Médico-social (16%)
- Alimentaire (14%)
- Services administratifs (14%)
- Transports (14%)