Le 13 janvier, lors d’un petit-déjeuner riche en échanges, les membres de Culture branches ont pu bénéficier des éclairages croisés de Jean-Baptiste Pethe, Chef économiste d’AG2R LA MONDIALE, et d’Anne-Charlotte de Raigniac, Directrice technique santé prévoyance au sein du Groupe. Lors de cette discussion animée par Pascale Soyeux, membre du comité executif AG2R LA MONDIALE en charge de la santé prévoyance et des accords de branches, tous deux ont dressé un état des lieux lucide de l’environnement macroéconomique et réglementaire, tout en proposant des repères pour mieux anticiper les évolutions à venir.

Retour dans cette lettre sur les temps forts de cette matinée et les enseignements à retenir pour les branches.

Culture branches, qui fête ses 10 ans en 2026, est aujourd’hui une communauté active de plus de 1000 négociateurs qui entend stimuler la réflexion sur la protection sociale complémentaire de demain.

L’édito de Pascale Soyeux, membre du Comité Exécutif Groupe en charge de la santé prévoyance et des accords de branches d’AG2R LA MONDIALE

ALM_Pascale_Soyeux_13012026.jpg2026 : anticiper, décrypter, accompagner

En cette rentrée, nous avons souhaité consacrer le premier rendez-vous de l’année à un exercice devenu indispensable : comprendre les évolutions du cadre réglementaire pour mieux accompagner les branches professionnelles.

Dans un environnement économique et politique sous tension, marqué par des arbitrages budgétaires de plus en plus contraints, les partenaires sociaux sont confrontés à un défi majeur : préserver la qualité et la soutenabilité des régimes collectifs, tout en répondant à des besoins de plus en plus différenciés. La Loi de Financement de la Sécurité sociale (LFSS) 2026 illustre cette tendance de fond : des transferts croissants vers les complémentaires, une pression accrue sur les OCAM, et un impératif d’adaptation branche par branche.

Face à cette complexité, nous devons collectivement faire preuve d’agilité, de réactivité, mais aussi de lucidité. Comme l’ont rappelé Jean-Baptiste Pethe et Anne-Charlotte de Raigniac au cours de ce petit-déjeuner, il ne s’agit pas seulement de réagir, mais d’anticiper. Comprendre les tendances macroéconomiques, décrypter les mécanismes réglementaires, identifier les leviers d’action : autant de clés pour continuer à garantir une protection sociale efficace, solidaire et durable.

Chez AG2R LA MONDIALE, nous portons la conviction que les branches professionnelles ont un rôle déterminant à jouer dans cette transformation. C’est pourquoi nous restons pleinement mobilisés pour vous accompagner, avec des dispositifs sur mesure, un conseil renforcé, et une équipe dédiée à vos côtés.

Alors que Culture branches fête cette année ses 10 ans, notre ambition reste intacte : être un espace d’analyse, de dialogue et d’innovation collective, au service d’un modèle de protection sociale à la hauteur des enjeux de demain.

Comprendre pour agir : les repères économiques et réglementaires à ne pas ignorer - Un paysage économique sous tension

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Par Jean-Baptiste Pethe, Chef économiste – AG2R LA MONDIALE

Dans un second temps, Jean-Baptiste Pethe a partagé une analyse éclairante des grands équilibres macroéconomiques. Son diagnostic : l’année 2026 s’ouvre sur un climat d’incertitude durable, nourri par une conjoncture géopolitique instable, un ralentissement structurel de la population active et une pression croissante sur les finances publiques.

En 2025, l’économie française a enregistré une croissance légèrement positive, proche de 1 %, mais sans véritable élan. Si certains secteurs (comme l’aéronautique) ont connu un fort rebond, la consommation reste atone, freinée par une épargne de précaution historiquement élevée (19 %), signe d’un manque de confiance des ménages. L’inflation, tombée à 1 %, contribue à une forme de stabilité des prix, mais traduit aussi l’essoufflement de la dynamique économique.

L’endettement public, lui, atteint un niveau préoccupant : 117 % du PIB, dans un contexte où les marchés restent vigilants. Le FMI estime que la France devra ajuster ses finances publiques de 3,5 points de PIB d’ici 2031 pour éviter une dynamique de dette non soutenable. Cette trajectoire budgétaire pèsera mécaniquement sur les dépenses de protection sociale.

Enfin, Jean-Baptiste Pethe a insisté sur la nécessité d’ajustements qualitatifs : réduire les dépenses n’est pas une solution en soi si elle se fait au détriment de l’investissement productif ou de la cohésion sociale. Il a rappelé que dans un tel contexte, la stabilité politique, la lisibilité des trajectoires budgétaires, et la capacité à investir dans le long terme seront déterminantes.

« Historiquement, la France n’est pas le premier pays à se retrouver dans cette situation : si les efforts sont consentis, il n’y a pas de raison qu’elle ne s’en sorte pas. »

Chiffres clés à retenir

  • 0,9 % : croissance du PIB en 2025, tirée par les services, mais sans effet d’entraînement sur la consommation

  • 1 % : taux d’inflation en 2025, contre 2 % en zone euro

  • 19 % : taux d’épargne des ménages, niveau historiquement élevé

  • 117 % : niveau de la dette publique, désormais au-dessus du seuil d’alerte

  • 3,5 points de PIB : effort budgétaire à fournir d’ici 2031 selon le FMI

  • 2028 : point de bascule démographique, début du recul de la population active accélération du recul de la population en âge de travailler

LFSS 2026 : vers un nouveau rapport aux responsabilités des régimes collectifs

ALM_AC_De_Raigniac_13012026.jpgAnne-Charlotte de Raigniac, Directrice technique santé prévoyance – AG2R LA MONDIALE

Après ce panorama macroéconomique, Anne-Charlotte de Raigniac a apporté un éclairage technique sur les conséquences concrètes de la LFSS 2026 pour les régimes collectifs. Elle est revenue sur le caractère exceptionnel du cycle législatif 2025, marqué par la promulgation de deux lois de financement de la Sécurité sociale la même année. Une première, qui témoigne de l’instabilité politique et de la complexité croissante du pilotage budgétaire en matière de santé.

“Le PLFSS 2026, tel qu’adopté, est le résultat d’un compromis politique. Il ne résout ni les déséquilibres actuels, ni ceux à venir.”

 

Le texte acte une pression croissante sur les organismes complémentaires, appelés à co-financer un nombre croissant de dispositifs.

Parmi les mesures clés :

  • Un panier de prévention pour prévenir le risque d’affections de longue durée co-financé AMO et AMC (mesures à préciser)
  • Une contribution exceptionnelle de 2,05 % des cotisations OCAM (soit 1 milliard d’euros),
  • Le transfert de 0,4 milliard d’euros vers les hôpitaux,
  • Le plafonnement du premier arrêt maladie à un mois,
  • La création d’une consultation longue pour la ménopause,
  • Le déremboursement à venir des prescriptions de médecins déconventionnés (2027).

À cela s’ajoutent de nouvelles charges liées à la création de France Santé, au congé de naissance, ou encore à la suspension partielle de la réforme des retraites, sans mécanisme de financement clair pour les OCAM.

En parallèle, les chiffres issus du rapport « produits et charges » 2026 (publié mi-2025) sont préoccupants :

  • Le déficit de la Sécurité sociale, initialement estimé à 17,5 Mds€, a été révisé à 19,4 Mds€,
  • Sans soutien de l’État, il atteindrait même 23,5 Mds€,
  • La part des dépenses de santé couvertes par les ALD grimpera de 67,4 % (2025) à 75 % (2035).

« Tout ne passe pas par la loi : les décrets techniques ont parfois plus d’impact, pour le meilleur… ou pour le pire. »

Sur le fond, elle a mis en garde contre une accumulation réglementaire (indicateurs, planchers, règles de pilotage) qui réduit la marge de manœuvre des branches. Enfin, les prévisions démographiques, conjuguées au recul de la population active, aggravent les déséquilibres structurels. Plus que jamais, les branches devront faire preuve d’anticipation, dans un contexte où la co-construction devient indispensable.

Chiffres clés à retenir

  • 2,05 % : contribution exceptionnelle OCAM (≈ 1 Md€)
  • 19,4 Md€ : déficit prévisionnel de la Sécurité sociale pour 2026
  • 25 Md€ → 41 Md€ : aggravation attendue du déficit d’ici 2030, sans mesure corrective
  • 67,4 % : part des remboursements liés aux ALD en 2025 contre 75% estimés en 2035
  • 2980 €/an : coût moyen d’un assuré ; 1230 € sans ALD, 9560 € avec ALD
  • 30 millions : nombre estimé de patients atteints de pathologies chroniques en 2035 (contre 25 millions en 2025)

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Ces interventions ont donné lieu à plusieurs questions nourries de la part des participants, notamment sur le coût réel des ALD, encore difficile à objectiver dans le détail, ou sur les leviers d’allégement des charges pesant sur les complémentaires, en lien avec la structure même des recettes de la Sécurité sociale. Des échanges riches, qui ont confirmé l’attention portée à ces sujets complexes, dans une ambiance studieuse et constructive.

Le mot de la fin de Pascale Soyeux, membre du Comité Exécutif Groupe en charge de la santé prévoyance et des accords de branches d’AG2R LA MONDIALE

ALM_Pascale_Soyeux2_13012026.jpgPréserver l’équilibre, renforcer le dialogue

Ce premier rendez-vous de 2026 a permis de poser les bases d’un constat partagé : le cadre économique et réglementaire de la protection sociale se durcit, et les régimes de branches doivent plus que jamais faire preuve d’adaptabilité, de lucidité et de cohésion.

Comme l’ont souligné Jean-Baptiste Pethe et Anne-Charlotte de Raigniac, les transferts de charges vers les complémentaires s’intensifient, les exigences réglementaires se renforcent, et la soutenabilité des dispositifs devient un sujet central. Dans ce contexte, les branches professionnelles apparaissent comme un levier décisif pour maintenir une couverture efficace, solidaire et durable dans le cadre du dialogue social.

Je tiens à remercier très chaleureusement nos deux intervenants pour la clarté et la richesse de leurs analyses :

  • Jean-Baptiste Pethe, pour son éclairage macroéconomique,
  • Anne-Charlotte de Raigniac, pour son décryptage opérationnel précis et précieux des enjeux réglementaires à venir.

Chez AG2R LA MONDIALE, nous avons pleinement conscience de la responsabilité qui nous lie. C’est pourquoi nous réaffirmons notre engagement à vos côtés, en vous proposant un accompagnement sur mesure, fondé sur l’analyse, l’expertise, et la connaissance fine des réalités de terrain.

Alors que Culture branches célèbre cette année ses 10 ans d’existence, cette rencontre en marque le ton : exigeante, tournée vers l’anticipation, et profondément attachée au rôle structurant du paritarisme.

Je vous donne rendez-vous le lundi 23 mars à 17h30 pour notre prochain événement, consacré à un sujet encore trop peu abordé : la santé des femmes au travail. Un enjeu déterminant pour faire progresser l’égalité, le bien-être et la qualité de vie professionnelle.

Merci à toutes et à tous pour votre mobilisation, et à très bientôt pour poursuivre ensemble ces réflexions indispensables.

À propos de Culture branches

AG2R LA MONDIALE propose des accords de branches santé prévoyance pour près de 110 branches professionnelles. Nos offres co-construites avec les partenaires sociaux répondent aux besoins et spécificités de chaque branche. La particularité d’AG2R LA MONDIALE réside dans la présence de pôles professionnels paritaires et affinitaires au sein de sa Gouvernance : le Pôle alimentaire, le Pôle ESS, le Pôle coiffure.

Créé en 2016, Culture branches entend stimuler la réflexion sur la protection sociale complémentaire de demain. Une approche collaborative innovante d'AG2R LA MONDIALE avec les acteurs clés de la négociation collective, pour construire un modèle de couverture santé et de protection sociale robuste et solidaire. Culture branches, c’est une communauté active de près de 1000 négociateurs qui se réunissent pour échanger, aux côtés d’experts et de professionnels engagés, sur leurs préoccupations et défis actuels.

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