
Marine Legoux, responsable de la prévention au sein des Branches professionnelles d’AG2R LA MONDIALE, nous livre les principaux enseignements de l'enquête inédite réalisée par les pôles professionnels d’AG2R LA MONDIALE auprès de 8 000 femmes actives.
Combien de femmes sont concernées par les maladies gynécologiques chroniques, selon cette enquête ?
Nous partons avant tout d’un constat : une femme sur trois souffre d’une maladie gynécologique chronique (hors cancers). Ce terme recouvre le plus souvent trois pathologies : l’endométriose(1) d’abord, qui touche une femme sur dix et a un fort retentissement sur la vie professionnelle, sans compter qu’elle nécessite un diagnostic souvent long ; les fibromes utérins(2), que 20 à 40 % des femmes développent, avec une prévalence après 40 ans ; le SOPK(3) enfin, qu’on présente souvent comme la première cause d’infertilité chez la femme. Ces différentes pathologies ne se résument donc pas à « des gênes » : on parle de douleurs, de fortes fatigues, d’examens à réaliser, de traitements à suivre, d’arrêts de travail, mais aussi d’un retentissement certain sur la qualité de vie au travail.
Les douleurs, la ménopause et la péri-ménopause sont-elles selon vous un problème sous-estimé au travail ?
Oui, il l’est. D’abord parce que c’est un sujet intime, voire tabou, et que beaucoup de femmes « font avec » sans en parler, jusqu’à ce que cela devienne intenable. Les chiffres montrent que le sujet concerne une grande partie des femmes actives. 50 % d’entre elles indiquent, en effet, être ou avoir subi les effets de la ménopause au cours de leur vie professionnelle. Par ailleurs, 20 à 40 % des femmes que nous avons interrogées souffrent d’un syndrome prémenstruel pouvant affecter la concentration, l’énergie et le bien-être au travail.
Malgré leur désir fort de travailler, les femmes refusent de le faire de manière inconditionnelle. Qu’expriment-elles plus précisément ?
Les répondantes expriment un besoin d’ajustements simples, un dialogue ouvert et une meilleure compréhension de leurs besoins. Elles ne demandent effectivement pas une réduction du travail, mais des conditions qui leur permettent de préserver leur santé tout en restant en activité. Leurs principales attentes sont très concrètes. Elles réclament à la fois une formation des managers à ces questions et la possibilité de parler de leurs besoins de santé sans crainte de stigmatisation ou de minimisation, un accès à des soignants spécialisés ainsi qu’un déploiement plus large des politiques de santé en milieu professionnel.
Le monde du travail est-il sensibilisé à ces questions ? Initie-t-il des actions pour leur apporter une réponse ?
En 2025, le sujet de la santé des femmes au travail est bien plus visible qu’il y a quelques années : des données montrent que des symptômes, comme ceux liés à la ménopause, ont un impact réel sur l’emploi et la carrière. Ainsi, 10 % des femmes envisagent de quitter leur poste et 15 % estiment que leurs symptômes ont freiné leur progression. Des actions commencent à être mises en place, telles que des projets cofinancés en France pour la prévention des troubles liés à la ménopause et aux cancers féminins, ou des études en entreprise pour adapter les conditions de travail, même si ces pratiques ne sont pas encore généralisées.
Pourquoi les Pôles professionnels d’AG2R LA MONDIALE se sont-ils lancés dans cette étude ?
Les pôles professionnels d'AG2R LA MONDIALE ont réalisé cette enquête nationale afin de mieux comprendre la réalité de la santé des femmes en activité, en particulier dans les secteurs de l’alimentaire, de l’économie sociale et solidaire (ESS) et de la coiffure. L’objectif était d’obtenir une vision précise et concrète des besoins et attentes des assurées, en tenant compte de la diversité des métiers et des situations professionnelles féminines, souvent insuffisamment prises en compte dans les démarches de prévention. Les résultats de l’enquête ont vocation à alimenter des actions concrètes : renforcer les dispositifs de prévention, accompagner les entreprises et les branches professionnelles, contribuer à l’adaptation des conditions de travail et favoriser le dialogue sur des sujets encore tabous comme les pathologies chroniques, la santé hormonale ou la ménopause.
(1) Maladie chronique qui provoque douleurs intenses pendant les menstruations, saignements menstruels abondants, douleurs pelviennes chroniques, ballonnements, nausées voire infertilité.
(2) Tumeurs bénignes développées à partir du muscle de l’utérus. Elles créent de la fatigue, des douleurs, des saignements voire de l’anémie.
(3) Syndrome des ovaires polykystiques. Peut avoir un impact fort sur les cycles, l’état de forme, la santé métabolique ou mentale.