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Fraude à l’Assurance maladie : les travailleurs indépendants en première ligne de la vigilance

Avec 723 millions d’euros de fraudes détectées et stoppées en 2025 par l’Assurance maladie, le sujet s’impose dans le débat public. Pour les travailleurs indépendants, particulièrement attentifs à l’équilibre entre cotisations versées et prestations reçues, la lutte contre la fraude est aussi une question de cohérence.

Publié le 03 juillet 2026 # Société

723 millions d’euros : tel est le montant des fraudes que l’Assurance maladie a détectées et stoppées en 2025, soit 15 % de plus qu’en 2024. Depuis 2021, ce résultat a triplé. Cette progression est portée par 1 700 agents (data scientists, juristes, enquêteurs judiciaires) et par des dispositifs technologiques toujours plus pointus.

Les assurés concentrent 53 % des dossiers détectés, mais seulement 16 % des montants (115 millions d’euros). L’essentiel du préjudice (73 %) provient des professionnels de santé libéraux : centres de santé en tête (138 millions d’euros, en hausse de 253 % sur un an), suivis des audioprothésistes, des transporteurs sanitaires et des infirmiers. Des montages parfois organisés en réseaux, avec des mécanismes sophistiqués qui ont conduit l’Assurance maladie à créer six pôles interrégionaux d’enquêteurs judiciaires.

Arrêts de travail : un contrôle renforcé pour les indépendants

Sur le terrain des arrêts de travail, l’Assurance maladie a stoppé 49 millions d’euros de fraudes en 2025 (+17 %), dont 34 millions de faux arrêts. Le formulaire Cerfa sécurisé, obligatoire depuis le 1er septembre 2025, a permis le rejet systématique des arrêts papier non conformes. 

Un point mérite l’attention des travailleurs indépendants : une opération de terrain spécifique a été lancée par l’Assurance maladie pour renforcer le contrôle de l’exercice d’une activité non autorisée pendant un arrêt de travail. Ce volet a permis de détecter et de stopper 13,5 millions d’euros de préjudice en 2025. Pour les indépendants, dont l’activité est souvent moins encadrée par des horaires fixes ou un lieu de travail unique, la frontière entre repos prescrit et continuité d’activité doit être respectée scrupuleusement. Les pénalités peuvent atteindre jusqu’à trois fois le montant du préjudice.

Une opération de terrain spécifique cible désormais l’exercice d’une activité non autorisée pendant un arrêt de travail.

Vérifier ses remboursements : un réflexe utile

Comme tout assuré, le travailleur indépendant peut être directement acteur de la détection. La première étape consiste à consulter régulièrement son relevé de remboursements de soins. Un acte facturé en double, une consultation jamais réalisée, un soin imputé chez un praticien inconnu : ces signaux peuvent révéler une fraude à la facturation.

Depuis septembre 2024, le compte ameli intègre un téléservice de signalement. Quelques étapes suffisent : interroger le chatbot avec « signaler un remboursement suspect », accéder à la messagerie, sélectionner « Remboursements des soins » et cocher « Signaler un acte médical ou un soin non réalisé ». Depuis le premier trimestre 2026, la procédure est accessible directement depuis la rubrique « Mes paiements ». Début 2026, près de 2 000 signalements avaient déjà permis d’éviter 150 000 euros de fraudes.

Se prémunir des arnaques ciblées

Les travailleurs indépendants sont une cible privilégiée des escroqueries en ligne, du fait de la fréquence de leurs échanges avec les organismes sociaux. Phishing, SMS frauduleux, appels usurpant l’identité de l’Assurance maladie ou d’un conseiller : les techniques évoluent en permanence, mais les règles de vigilance restent les mêmes.

L’Assurance maladie ne demande jamais, par mail ou SMS, vos identifiants, votre mot de passe ou vos coordonnées bancaires. Elle ne facture jamais l’envoi d’une carte Vitale. Ses SMS proviennent du seul numéro 38 663 et commencent par « ASSURANCE MALADIE ». Ses mails se terminent par @ameli.fr, @info.ameli.fr, @assurance-maladie.fr ou @app.assurance-maladie.fr. En cas de doute, ne cliquez sur aucun lien : connectez-vous directement sur ameli.fr ou appelez le 3646. Pour signaler un SMS, transférez-le au 33 700 ; pour un mail, utilisez la plateforme Pharos (internet-signalement.gouv.fr).

La solidité d’un système collectif tient à l’attention de chacun de ses membres.

Le chiffre clé : 150 000 euros

C'est la somme de la fraude évitée grâce aux 2 000 signalements effectués en 2025.

Une cohérence avec ses propres engagements

Pour un travailleur indépendant, la lutte contre la fraude rejoint une préoccupation très concrète : la juste contrepartie entre les cotisations versées et les prestations délivrées. Quand 16 % du préjudice provient des assurés mais que les professionnels de santé déviants en pèsent 73 %, il devient légitime, en tant qu’assuré comme en tant qu’acteur économique, de ne pas laisser ces dérives prospérer.

Vérifier ses remboursements, respecter scrupuleusement les conditions d’un arrêt de travail, signaler une facturation douteuse, refuser les sollicitations frauduleuses : ces gestes individuels ne relèvent pas du contrôle, mais de la responsabilité partagée. Ils traduisent une conviction simple : la solidité d’un système collectif tient à l’attention de chacun de ses membres. Un principe que les travailleurs indépendants, premiers gestionnaires de leur propre activité, savent mieux que personne mettre en pratique.

Signaler une fraude : mode d’emploi


Depuis septembre 2024, tout assuré peut signaler un remboursement suspect directement depuis son compte ameli. La procédure est encore simplifiée depuis le premier trimestre 2026 : elle s’effectue en quelques clics depuis la rubrique « Mes paiements ».

Comment procéder ?
1. Se connecter à son compte ameli (web ou application). 
2. Repérer dans « Mes paiements » un remboursement qui ne correspond à aucun soin reçu.
3. Suivre le parcours de signalement intégré au compte.

Pour signaler une tentative d’arnaque : SMS frauduleux : transfert au 33 700. Mail suspect : signalement sur https://internet-signalement.gouv.fr (plateforme Pharos). Courrier ou appel suspect : contact direct avec sa CPAM au 3646. 

Vérifier ses remboursements prend quelques minutes par mois et constitue un acte de gestion à part entière.