De quoi parle-t-on ?

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : la santé mentale est un « état de bien-être mental qui nous permet de faire face aux sources de stress de la vie, de réaliser notre potentiel, de bien apprendre et de bien travailler, et de contribuer à la vie de la communauté. Elle a une valeur en soi et en tant que facteur favorable, et fait partie intégrante de notre bien-être. »

Les chiffres clés de l'étude

  • 86 %

    des dirigeants de TPE et PME se disent en bonne santé mentale alors que 64 % déclarent vivre des périodes de stress intense au travail au moins de temps en temps.

  • 56 %

    des dirigeants déclarent ne pas pouvoir s’arrêter quelques jours sans conséquences pour leur entreprise.

  • 85 %

    des dirigeants ont déjà engagé ou envisagent au moins une action en faveur de la santé mentale de leurs salariés.

  • + 1 sur 2

    salarié (55 %) juge d’ailleurs efficaces les démarches engagées dans leur entreprise en faveur de la santé mentale.

Les grands enseignements de l'enquête

 

Santé mentale des dirigeants et des salariés dans les TPE et PME : dialogue, prévention et vigilance partagée au cœur des enjeux.

Si les dirigeants de TPE et PME font face, principalement pour préserver l’activité de leur entreprise, et se déclarent majoritairement en bonne santé mentale, cette perception coexiste avec des périodes régulières de stress intense et des fragilités liées à la situation économique, à l’organisation du travail et au manque de relais. Cette réalité reste toutefois insuffisamment perçue : la moitié des salariés interrogés considèrent que leur dirigeant n’est pas exposé aux enjeux de santé mentale ou ne se sont jamais posé la question. Soucieux de préserver l’activité de leur entreprise, les dirigeants continuent souvent de travailler au détriment de leur propre santé et se disent nombreux à se mobiliser en faveur de la santé mentale de leurs salariés.

Face au stress, les dirigeants résilients mais fortement exposés et seuls

Les dirigeants s’estiment majoritairement en bonne santé mentale (86 %), mais plus de trois sur cinq (64 %) déclarent vivre régulièrement des situations de stress intense dont 17 % quotidiennement. Les salariés font état d'une exposition comparable (68 %), mais seuls 8 % disent être confrontés à ce type de stress tous les jours ou presque.

  • Les principales sources de stress sont directement liées à l’activité de l’entreprise. La situation économique arrive en tête (54 %) devant l’accumulation des délais et des urgences difficiles à absorber (52 %).
  • À ces tensions s’ajoutent parfois un sentiment d’isolement : 39 % des dirigeants considèrent que la solitude constitue souvent ou occasionnellement un problème. Lorsque la pression devient trop forte, ils ne disposent pas toujours d’un associé ou d’un cadre sur lequel s’appuyer.
  • Cette réalité reste cependant peu perçue par les salariés : la moitié d’entre deux ne considère pas le stress de leur dirigeant comme un sujet central. 24 % ne se posent pas cette question et 26 % estiment que leur dirigeant n’est pas particulièrement exposé à ce risque.

La pérennité de l’entreprise prime sur les considérations personnelles des dirigeants

Même lorsque le stress affecte leur santé physique ou psychique, les dirigeants éprouvent des difficultés à interrompre leur activité. Leur priorité demeure la continuité de leur entreprise et la préservation de son équilibre financier.

  • Pour plus d’un dirigeant sur deux (56 %), s’arrêter quelques jours nuirait à l’entreprise.
  • 42 % déclarent d’ailleurs continuer de travailler en dépit d’un état qui justifierait un arrêt selon eux, une proportion moins importante que chez les salariés (51 %).
  • Les dirigeants invoquent principalement deux raisons pour expliquer cette situation : l’impossibilité d’être remplacé (46 %) et les conséquences financières que pourrait entraîner leur absence pour l’entreprise (31 %).
  • Chez les salariés, le refus de s’arrêter est principalement justifié par la crainte de répercussions financières : 31 % redoutent des conséquences sur leur rémunération. Dans une moindre mesure, d’autres évoquent la difficulté à s’absenter en raison d’échéances importantes à respecter (13 %) ou l’absence de solutions de remplacement à leur poste (11 %).

La santé mentale, un tabou autant pour les dirigeants que les salariés

Les périodes de stress, d’anxiété ou d’épuisement importantes sont difficiles à partager dans les TPE et PME :

  • Pour 41 % des dirigeants, leur statut constitue en lui-même un frein à l'expression de leurs difficultés psychologiques.
  • Le constat est similaire chez les salariés : 42 % estiment difficile de parler de santé mentale dans leur entreprise. Cette proportion atteint 69 % parmi ceux qui se considèrent déjà en situation de fragilité.
  • Cette difficulté commune s’explique notamment par une certaine retenue à évoquer un problème de santé mentale comparativement à un problème de santé physique (un écart de 14 points est à observer entre les deux) et par une perception différente de l’origine des troubles. Ainsi, 51 % des dirigeants identifient d'abord la sphère personnelle comme la principale source de difficultés psychologiques de leurs salariés. De leur côté, 46 % des salariés citent effectivement des causes personnelles, mais 62 % attribuent également leurs problèmes de santé mentale au travail.

La prévention, utilité reconnue mais application trop complexe

Si l’utilité des actions destinées à mieux prendre en compte la santé mentale des salariés est mise en avant, leur mise en œuvre reste néanmoins complexe lorsque les dispositifs sont trop formels ou insuffisamment adaptés à la taille de l’entreprise :

  • Pour les dirigeants interrogés, ces démarches contribuent à améliorer l’organisation du travail (45 %) et constituent un investissement utile pour réduire l’absentéisme et le turnover (40 % dans les TPE et PME). Cette dernière proportion atteint 56 % dans les PME.
  • Certains freins persistent cependant. Un quart des dirigeants (25 %) considère que ces dispositifs peuvent entraîner des contraintes administratives, tandis que 21 % craignent qu’ils soient perçus comme une forme d’intrusion dans la sphère privée de leurs salariés.
  • Au total 76 % des dirigeants jugent efficaces les démarches en faveur de la santé mentale, contre 55 % des salariés.
  • Par ailleurs près de deux entreprises sur trois (62 %) déclarent avoir intégré les risques psychosociaux à leur Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP).
  • Le manque de temps (38 %) et d’information (35 %) constituent les principaux obstacles au déploiement d’actions de prévention. Le coût apparait comme un frein plus secondaire, cité par 15 % des dirigeants.
  • Dans ce contexte, ils expriment un besoin de solutions simples et directement applicables : 48 % souhaitent disposer de guides pratiques accompagnés d’outils prêts à l’emploi et 30 % privilégient des formations courtes accessibles en ligne.
  • Les dispositifs favorisant le dialogue sont cependant bien installés dans les PME et TPE : plus de 8 dirigeants sur 10 ont mis en place des temps d’échange réguliers pour parler du travail et des éventuelles difficultés rencontrées (réunions d’équipe, entretiens individuels), même si seuls 41 % des salariés les ont identifiés. Cette différence de perception pouvant s’expliquer par un manque de visibilité ainsi que par une forme de tabou entourant le sujet de la santé mentale.