L'essentiel
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26 % des salariés sont aidants d’un proche fragilisé, et 65 % peinent à concilier les deux rôles.
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Près d’un sur deux n’en parle pas à son employeur.
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Pourtant, en parler ouvre l’accès à des dispositifs de soutien qui existent déjà.
Il est 8h30. Avant de se connecter, il a déposé sa mère chez le kiné. Ce soir, après avoir raccroché sa dernière réunion, il rappellera son père pour vérifier que les médicaments ont bien été pris. Entre les deux, une journée de travail ordinaire, ou presque. Cet homme, cette femme, c'est peut-être vous. En tout cas, c'est probablement l'un de vos collègues, même si vous ne le savez pas toujours. Selon le Baromètre Santé au Travail 2026 d'AG2R LA MONDIALE, réalisé auprès de 2 717 actifs français, 26 % des salariés sont aujourd'hui aidants : ils accompagnent régulièrement un proche en situation de dépendance ou de fragilité, tout en continuant d'exercer leur activité professionnelle. Une réalité stable par rapport à 2025, mais qui représente en réalité plusieurs millions de personnes engagées chaque jour dans ce double rôle exigeant, et qui, le plus souvent, le font sans en parler.
Une tension réelle, vécue dans des situations très diverses
Parmi les aidants interrogés, 65 % déclarent éprouver des difficultés à concilier leur activité professionnelle et leur rôle d'aidant. Ce chiffre, à lui seul, dit quelque chose d'important : l'aidance n'est pas une situation que l'on traverse sans effort, et les répercussions sur la vie au travail sont bien réelles, même quand elles restent invisibles pour l'entourage professionnel. Ces difficultés se concentrent souvent sur des profils déjà très sollicités par ailleurs. Les aidants sont plus fréquemment managers, actifs en horaires décalés ou fortement connectés en dehors du travail. 61 % d'entre eux se connectent à leurs outils professionnels au-delà de leurs heures habituelles, contre 43 % pour les non-aidants. L'engagement professionnel et l'engagement personnel se cumulent ainsi, dans des configurations qui laissent peu d'espace pour souffler.
L'aidance est une réalité partagée par un quart des salariés. Pourtant, elle se vit encore, le plus souvent, dans le silence.
Pour autant, le baromètre révèle aussi une forme de résilience qui mérite d'être soulignée. 35 % des aidants décrivent une amélioration de leur ressenti professionnel au cours des douze derniers mois. Pour beaucoup, l'activité professionnelle représente un espace de continuité, de sens et d'ancrage, y compris dans les périodes les plus chargées sur le plan personnel. Les situations sont par ailleurs très diverses. Les femmes aidantes avec enfants cumulent des responsabilités multiples (professionnelles, parentales et familiales) qui méritent une attention particulière. Les jeunes aidants de moins de 31 ans sont parmi les plus touchés par les difficultés de conciliation : 71 % d'entre eux en font état, contre 58 % chez les plus de 50 ans. L'aidance peut survenir à des moments de la vie où les repères professionnels ne sont pas encore pleinement stabilisés, ce qui complexifie d'autant la situation.
La question de la parole au travail
56 % des aidants ont choisi d'informer leur employeur de leur situation, ce qui signifie que près d'un aidant sur deux ne l'a pas fait. Parmi ceux qui ont préféré garder cette réalité pour eux, 40 % invoquent la volonté de préserver leur vie privée et de maintenir une frontière claire entre sphère personnelle et sphère professionnelle. 22 % estiment par ailleurs que leur situation n'a pas d'incidence directe sur leur travail, et 8 % font état d'une certaine appréhension vis-à-vis du regard de leurs collègues ou de leur hiérarchie. Cette discrétion a cependant une conséquence pratique que le baromètre met en lumière : ne pas déclarer sa situation d'aidant peut conduire à rester éloigné des ressources qui existent pourtant dans de nombreuses organisations. Selon les résultats de l'enquête, environ la moitié des aidants salariés déclarent que leur organisation propose des dispositifs spécifiques. Mais seulement 15 % en ont déjà bénéficié. Un écart qui invite à s'interroger, collectivement, sur la façon dont ces ressources sont connues et sur les conditions qui permettraient à davantage de personnes de s'en saisir.
L'activité professionnelle représente pour beaucoup un espace de continuité et d'ancrage, y compris dans les périodes les plus chargées sur le plan personnel.
Des ressources qui existent et qui peuvent aider
Les ressources disponibles dans les organisations sont souvent plus nombreuses qu'on ne le croie. Elles couvrent un champ assez large : aménagement de poste ou d'horaires, possibilité de télétravail, accès à des plateformes de soutien psychologique, et dans certaines organisations, des dispositifs spécifiquement conçus pour accompagner les aidants ou apporter un soutien en cas de situation personnelle difficile. Ce que dit ce baromètre, au fond, c'est que l'aidance est une réalité partagée par un très grand nombre de salariés, et qu'elle mérite d'être reconnue comme telle dans la vie au travail. Pour ceux qui vivent cette situation, mettre des mots dessus (auprès d'un manager de confiance, d'un interlocuteur RH ou d'un médecin du travail) peut représenter une première étape utile vers un accompagnement mieux adapté à leur réalité quotidienne.
Les résultats du baromètre* en bref
26 % des actifs français accompagnent régulièrement un proche en situation de dépendance ou de fragilité tout en travaillant.
65 % des aidants déclarent des difficultés à concilier leur travail et leur rôle d'aidant, un taux qui monte à 71 % chez les moins de 31 ans.
44 % des aidants ont vu leur ressenti professionnel se stabiliser ou se dégrader, contre 26 % chez les non-aidants pour lesquels le travail s'est amélioré.
61 % des aidants se connectent à leurs outils professionnels en dehors de leurs horaires, contre 43 % des non-aidants.
15 % seulement des aidants salariés ont déjà bénéficié des dispositifs de soutien de leur organisation, alors que 49 % savent qu'ils existent.
*Baromètre Santé au travail 2026 AG2R LA MONDIALE
Zoom sur deux services de l'action sociale proposés aux aidants
Pour en savoir plus
Découvrez l'interview de Thierry Calvat, vulnérabiliste, cofondateur du Cercle Vulnérabilités et Société et président de Juris Santé : "Reconnaître ce que l'aidance apporte à chacun et à la société".

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