Des nuits de plus en plus courtes
Longtemps considéré comme une simple variable d’ajustement de nos rythmes de vie, le sommeil est désormais reconnu par les pouvoirs publics comme un véritable déterminant du bien-être et de la santé. Une prise de conscience largement partagée : dans une enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV)(1), menée auprès de Français âgés de 18 à 65 ans et publiée en mars dernier, 42 % des personnes interrogées placent le fait de bien dormir en tête des comportements favorables à la santé, devant le fait de bien manger (38 %) et de bouger régulièrement (20 %).
Pourtant, cette attention croissante ne se traduit pas dans nos habitudes. Dans les faits, nos nuits ne cessent de raccourcir : en 50 ans, le temps de sommeil aurait diminué d’environ une heure et demie. Selon cette même enquête, nous dormons en moyenne 6 heures et 50 minutes par nuit en semaine, soit 14 minutes de moins qu’en 2025 — une durée bien inférieure aux 7 à 9 heures recommandées pour les adultes.
6 h 50 de sommeil en moyenne par nuit en semaine.
7 h 48 de sommeil en moyenne le week-end.
1 Français sur 4 dort moins de 6 h par nuit en semaine.
Plus préoccupant encore : un quart de la population dort moins de 6 heures par nuit. Les jours de repos, la durée moyenne est de 7 heures et 48 minutes, ce qui ne suffit pas à compenser la dette de sommeil accumulée en semaine. Conséquence : près d’une personne sur deux se dit fatiguée au réveil, une proportion qui atteint 62 % chez les moins de 35 ans.
Des chronotypes inégaux face au sommeil
Le chronotype est une expression du rythme circadien qui définit la tendance naturelle de chacun à être plus actif le matin ou le soir. Il influe notamment sur les horaires de sommeil. Chez les personnes « du soir », l’endormissement intervient en moyenne une heure et 22 minutes plus tard que chez les profils « du matin », alors que l’écart au réveil n’est que de 30 minutes environ. Ce décalage expose donc davantage les premières à une dette de sommeil chronique. En grande partie déterminés par la génétique, ces chronotypes restent néanmoins sensibles aux habitudes de vie et à l’environnement.
Des répercussions directes sur le travail
Les conséquences du manque de sommeil ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise. Selon le Baromètre Santé au travail 2026 d’AG2R LA MONDIALE(2), 68 % des actifs dorment moins de 7 heures par nuit en semaine et 56 % déclarent se réveiller fatigués, voire épuisés.
Cette fatigue pèse concrètement sur leur activité. D’après une autre enquête de l’INSV(3), 56 % des personnes interrogées estiment ainsi que mal dormir nuit à leur travail — perte d’efficacité, baisse de la concentration, risque d’erreurs accru ou encore difficultés de communication avec leurs collègues. 8 % d’entre eux indiquent par ailleurs s’être absentés au moins une fois dans l’année en raison de troubles du sommeil.
L’organisation du travail joue elle-même un rôle déterminant. Plus d’un tiers des actifs (37 %) estiment ainsi que leurs horaires perturbent leur rythme de repos(3). Ce phénomène est particulièrement marqué en cas d’horaires atypiques, qui désynchronisent l’horloge interne en imposant de rester éveillé lorsque l’organisme est physiologiquement disposé à dormir.
56 % des actifs estiment ne pas dormir suffisamment(2).
Près d’1 Français sur 5 travaille de nuit ou à des horaires irréguliers ou décalés(1).
13 % ont déjà conduit en manque de sommeil ou en état de somnolence dans le cadre de leur activité professionnelle(3).
Une situation loin d’être marginale : près d’un Français sur cinq serait en effet concerné par des horaires nocturnes, irréguliers ou décalés(1). Selon l’INSV, ces travailleurs dorment en moyenne une heure de moins par période de 24 heures, soit l’équivalent d’une nuit par semaine et de près de 50 nuits par an.
Au-delà de ces situations particulières, un déficit chronique de sommeil expose à des risques très concrets, notamment sur la route. Ainsi, 13 % des actifs ont déjà conduit en manque de sommeil ou en état de somnolence dans l’exercice de leurs fonctions(3). Un constat d’autant plus alarmant que les accidents routiers survenant lors de trajets domicile-travail ou de déplacements professionnels constituent, selon la Sécurité routière, la première cause de mortalité liée au travail.
Horaires atypiques : quels leviers de prévention pour l’employeur ?
Le travail en horaires atypiques — travail posté ou de nuit, journées fragmentées — expose les salariés à des risques pour leur santé, liés notamment à la dette de sommeil et à la désynchronisation des rythmes de vie. Pour les prévenir, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) formule plusieurs recommandations à destination des employeurs.
- Privilégier le volontariat et la concertation : confier autant que possible ces postes à des salariés volontaires et les associer aux modalités pratiques concernant les horaires, les rotations et les pauses.
- Élaborer des plannings réguliers et souples : permettre aux salariés d’anticiper leurs horaires, favoriser des rotations prévisibles et compatibles avec leur vie personnelle, tout en prévoyant des possibilités d’échange entre collègues.
- Limiter les facteurs de désynchronisation : réduire le nombre de nuits consécutives (deux à trois au maximum), raccourcir la durée des postes de nuit et repousser autant que possible l’heure de prise de poste du matin au-delà de 6 h.
- Préserver des temps de récupération suffisants : garantir au moins 11 heures de repos entre deux postes, privilégier les jours de repos après les postes de nuit et autant que possible pendant les week-ends.
- Adapter les conditions de travail : prévoir un éclairage suffisamment intense avant ou en début de poste, puis le réduire en fin de service ; éviter l’isolement des salariés concernés et la monotonie des tâches qui leur sont confiées ; aménager des pauses adaptées (temps de repos ou sieste) lors des postes de nuit ou du matin.
- Informer les salariés : adapter les conseils à leur chronotype, rappeler les conditions favorables à un sommeil diurne de qualité à domicile (obscurité, silence, absence de sollicitations, pas de caféine dans les 6 heures précédant le coucher).
- Encourager la micro-sieste au travail : ses effets bénéfiques sur la vigilance sont immédiats. Assez brève pour éviter le sommeil profond et faciliter le réveil, cette sieste de 10 à 20 minutes peut être intégrée au planning. La mise à disposition d’un espace dédié, calme et dans la pénombre, est souhaitable.
(1) Enquête « Sommeil, rythmes et environnements », Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), mars 2026.
(2) Baromètre Santé au travail 2026, AG2R LA MONDIALE, juin 2026.
(3) Enquête « Sommeil et vie active », Institut national du sommeil et de la vigilance (INSV), 2006.
