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Médicaments : des remboursements en forte progression

Les remboursements de médicaments par l’Assurance maladie ont atteint un niveau inédit en 2024. Une hausse portée à la fois par l’évolution des besoins de santé et par l’arrivée de traitements innovants, souvent plus coûteux.

Publié le 01 avril 2026 # Santé

Une croissance continue des remboursements depuis 2019

Sous l’effet conjugué du vieillissement de la population, de la progression des maladies chroniques et de l’émergence d’innovations thérapeutiques, la prise en charge des médicaments par l’Assurance maladie augmente année après année. C’est ce que met en évidence une étude publiée début 2026 par l’institution, à partir des données de l’année 2024.

Les remboursements de médicaments délivrés en pharmacies de ville ont atteint, cette année-là, 27,2 milliards d’euros de dépenses nettes(1), en hausse de 7,2 % en un an. Loin de reculer, le taux de remboursement a lui aussi progressé, passant de 80,7 % en 2014 à 87,6 % en juin 2025. En d’autres termes, pour 10 euros de médicaments dépensés, près de 9 euros sont pris en charge par l’Assurance maladie. Si l’on inclut les traitements prescrits à l’hôpital, mais délivrés en officine, ce taux dépasse 90 %.

27,2 milliards d’euros : c’est le montant des remboursements de médicaments par l’Assurance maladie en 2024.

Entre juillet 2024 et juin 2025, ce sont ainsi plus de 2,54 milliards de boîtes qui ont été remboursées. Cette prise en charge bénéficie à une très large majorité de Français : 61,8 millions d’assurés ont bénéficié d’au moins un remboursement. Ce qui représente en moyenne 41 boîtes par assuré sur l’année, pour un montant de 437 euros. Avec l’âge, la consommation augmente nettement : à partir de 80 ans, elle atteint en moyenne 108 boîtes remboursées par an.

Une forte concentration des dépenses sur certaines molécules

Entre 2015 et 2025, la répartition des dépenses pharmaceutiques s’est profondément transformée. Si les médicaments du quotidien demeurent incontournables, les traitements destinés aux pathologies chroniques pèsent désormais davantage dans les remboursements de l’Assurance maladie.

En volume, les médicaments courants demeurent prédominants. Avec 430 millions de boîtes délivrées à près de 42,5 millions d’assurés, le paracétamol reste de très loin la molécule la plus remboursée, pour un montant brut(2) de 372 millions d’euros. Suivent le colécalciférol (vitamine D) et l’amoxicilline (antibiotique à large spectre). Toutefois, le coût unitaire modéré de ces molécules limite leur poids dans la dépense totale.

En valeur, la hiérarchie est tout autre. Les traitements destinés aux maladies graves ou chroniques concentrent l’essentiel de la prise en charge de l’Assurance maladie. Ainsi, le Vyndaqel (traitement de l’amylose cardiaque) arrive en tête avec 966 millions d’euros de remboursements bruts en 2024, soit 223 millions de plus qu’en 2023. Il devance l’Eliquis (anticoagulant prescrit en prévention des accidents vasculaires cérébraux et des embolies) avec 844 millions d’euros de remboursements bruts.

Si l’on inclut les médicaments réservés à un usage hospitalier, deux spécialités indiquées dans le traitement des cancers dépassent le milliard d’euros de remboursements bruts : le Keytruda (2,1 milliards d’euros) et le Darzalex (1,05 milliard d’euros).

Des médicaments plus innovants, mais plus onéreux

La comparaison sur la décennie 2015-2025 met en lumière les évolutions profondes de ce secteur. L’augmentation du nombre de patients et la prise en charge croissante des pathologies lourdes et graves s’accompagnent d’une diffusion rapide des médicaments innovants et du développement de thérapies ciblées et personnalisées, souvent plus coûteuses.

Désormais, les anticancéreux et les immunosuppresseurs (traitement des maladies auto-immunes et inflammatoires) figurent en tête des classes thérapeutiques prises en charge. En dix ans, les dépenses associées aux antinéoplasiques (traitements destinés à bloquer la prolifération des cellules cancéreuses) sont ainsi passées de 870 millions à 3,35 milliards d’euros de remboursements bruts, soit une hausse proche de 400 %. Ils passent ainsi du neuvième au premier rang des médicaments les plus remboursés. Les antidiabétiques, longtemps en tête, reculent pour leur part à la troisième place, malgré une progression continue des dépenses.

3,35 milliards d’euros : c’est le montant des remboursements d’antinéoplasiques (médicaments anticancéreux) en 2025, près de quatre fois plus qu’en 2015.

Des coûts de traitement par patient en forte hausse

L’étude met également en évidence une forte concentration des dépenses sur un nombre limité de médicaments. Ainsi, en 2024, les traitements coûtant moins de 5 euros par patient représentaient 75 % des volumes remboursés, mais seulement 10 % de la dépense totale. À l’inverse, les médicaments dont le coût dépasse 1 000 euros ne représentaient que 0,5 % des volumes, mais généraient à eux seuls un tiers des dépenses.

Sur la période 2015-2025, le coût des traitements par patient connaît par ailleurs une inflation sans précédent, reflet direct des avancées thérapeutiques. En 2015, un seul médicament dépassait un coût annuel net de 80 000 euros par patient. Dix ans plus tard, ils sont 26 à franchir ce seuil.

26 : c’est le nombre de médicaments dont le coût annuel dépassait 80 000 euros par patient en 2025.

Certains traitements atteignent des niveaux inédits. Le Bylvay (traitement de la cholestase hépatique rare) et le Myalepta (traitement de la lipodystrophie généralisée congénitale ou acquise) ont respectivement concerné 51 et 39 patients en 2025, pour un coût annuel dépassant 400 000 euros par patient.

(1) Montants nets, calculés après déduction des remises conventionnelles — réductions de prix négociées entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et les laboratoires pharmaceutiques — et déduction de la clause de sauvegarde — mécanisme budgétaire qui s’active automatiquement lorsque les dépenses de médicaments dépassent le seuil fixé par la loi de financement de la Sécurité sociale.

(2) Montants bruts, calculés avant déduction des remises conventionnelles et de la clause de sauvegarde.