Décrypter les liens entre travail et santé

Dans une société qui a plus que jamais besoin de relier les Français, l’entreprise reste un espace protecteur et un lieu de socialisation essentiel pour une large partie d’entre eux. C’est l’un des principaux enseignements du Baromètre de la santé au travail 2025 publié par AG2R LA MONDIALE en partenariat avec Occurrence (Ifop group) le 9 octobre dernier. Menée à l’échelle nationale, cette enquête d’envergure a également été déclinée pour la région Grand Est–Bourgogne–Franche-Comté, dont nous vous présentons ici les résultats.  

L’étude dresse un panorama de la santé des actifs dans un monde professionnel en pleine mutation, marqué par le poids croissant de l’aidance, l’essor des nouvelles technologies, la généralisation du télétravail ou encore l’évolution des facteurs d’engagement. Elle permet aussi de mieux cerner les profils des actifs en difficulté et livre des pistes aux employeurs pour mieux accompagner ces collaborateurs, à travers des actions de prévention adaptées.

Une population active en bonne santé

Le baromètre s’appuie notamment sur un sondage réalisé auprès d’un panel d’actifs représentatif(1). Celui-ci fait tout d’abord état d’une population active très majoritairement en bonne santé. Au niveau régional, près de neuf travailleurs sur dix déclarent que leur santé, physique comme psychologique, est plutôt bonne, voire très bonne. La moitié d’entre eux estime par ailleurs que leur activité professionnelle y contribue, confirmant ainsi l’impact globalement positif du travail sur le bien-être. 

De plus, près d’un salarié sur deux indique que son organisation agit pour sa santé ou pour soutenir les collaborateurs en difficulté. Les dispositifs proposés concernent en premier lieu les postures et l’aménagement du poste de travail (53 %), les possibilités de télétravail ou d’horaires adaptés (36 %) ou encore la prévention de la santé physique ou psychique (36 %). 

Parmi les actifs de la région Grand Est–Bourgogne–Franche-Comté :  
• 83 % se disent en bonne santé mentale, 89 % en bonne santé physique ; 
• 49 % jugent que le travail a un impact positif sur leur santé mentale et physique ; 
• 47 % déclarent que leur entreprise met en place des actions pour prévenir les problèmes de santé ou accompagner les salariés en difficulté.  

Stress : comment les travailleurs s’adaptent

Ce tableau encourageant est toutefois à nuancer. Ainsi, plus d’un tiers des personnes interrogées dans la région estime que le travail pèse sur leur santé. Pour six actifs sur dix, le rythme de leurs journées est synonyme de stress. Parmi eux, 14 % se déclarent stressés de façon chronique.  

Pour faire face à ces tensions, une grande partie des salariés développe des mécanismes de protection positifs : pratique d’une activité physique (40 %), temps pour soi (35 %) ou avec ses proches (34 %). Une part plus restreinte (17 à 24 %) adopte en revanche des réflexes de compensation néfastes pour la santé (suralimentation, manque de sommeil, excès de temps d’écran…).  

• 37 % des actifs interrogés estiment que le travail a un impact négatif sur leur santé mentale, 34 % sur leur santé physique. 
• 60 % jugent que le rythme des journées de travail est une source de stress régulière. 

Aidants  : un équilibre à trouver

L’un des points saillants du baromètre porte sur les salariés qui accompagnent un proche dépendant. Un enjeu majeur pour les entreprises, car leur population est amenée à croître fortement du fait de l’allongement de l’espérance de vie et de la multiplication des situations de fragilité. Dans la région, près d’un travailleur sur trois est concerné et 64 % d’entre eux expriment des difficultés à concilier leur rôle d’aidant avec leur vie professionnelle.  

Fait notable : la majorité de ces aidants actifs (près de six sur dix), en particulier les femmes avec enfants, attribuent au travail un effet positif sur leur santé mentale comme physique. Ainsi, pour certains de ces salariés confrontés à de lourdes responsabilités quotidiennes, l’activité professionnelle peut faire figure de repère, voire d’échappatoire.  

En revanche, seuls 21 % ont déjà bénéficié des dispositifs de soutien proposés par leur employeur. Ce manque d’accompagnement ne relève pas uniquement de l’entreprise : par souci de préserver leur vie privée, crainte du jugement ou manque d’information, 45 % des aidants ne se déclarent pas comme tels auprès de leur organisation.  

• 1 actif sur 3 s’occupe d’un proche dépendant tout en exerçant son activité professionnelle.  
• 56 % des actifs aidants considèrent que le travail a un impact positif sur leur santé mentale, 57 % sur leur santé physique.  

Télétravail : des bienfaits incontestables, mais un risque d’isolement

Massivement déployé depuis la crise sanitaire, le télétravail demeure un levier indéniable de bien-être pour les salariés qui peuvent en bénéficier. Il favorise ainsi un meilleur équilibre de vie pour 69 % des sondés au niveau régional, contribue à une meilleure santé mentale et physique pour plus de six sur dix et réduit le niveau de stress pour 34 % d’entre eux. Par ailleurs, trois quarts des télétravailleurs de la région ont pu organiser leur travail à distance en concertation avec leur employeur, dans un esprit de coconstruction. 

• 69 % des sondés estiment que le télétravail participe à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
• 61 % affirment qu’il a un impact positif sur leur santé mentale (contre 66 % au national), 63 % sur leur santé physique. 

En revanche, cette pratique suscite des avis plus contrastés lorsqu’il s’agit d’évaluer son impact sur le lien social. Ainsi, 43 % des personnes interrogées considèrent que le télétravail détériore les relations entre collègues (contre 36 % au niveau national). Par ailleurs, certains profils le vivent moins bien — aidants, travailleurs en horaires décalés — ou le perçoivent comme une source de stress supplémentaire — managers, postes à responsabilités. Ces perceptions soulignent un enjeu majeur : comment préserver la convivialité et la cohésion d’équipe quand les interactions physiques se raréfient ?

L’hyperconnexion, facteur de fragilisation ? 

Autre phénomène marquant : l’hyperconnexion. Dans la région, la moitié des répondants reconnaît consulter ses outils professionnels après le travail, et plus d’un quart fréquemment. Une tendance qui concerne surtout les managers, les catégories socioprofessionnelles supérieures (ou CSP+), mais aussi les aidants et les travailleurs en horaires décalés, qui peuvent y voir un gain de liberté. Or, cette pratique entretient également une disponibilité quasi permanente qui est étroitement liée au niveau de stress.  

• 49 % des actifs se connectent au moins une fois par semaine en dehors de leurs horaires de travail.
• 27 % le font plusieurs fois par semaine.

Intelligence artificielle : des attentes fortes des salariés

Parallèlement, l’intelligence artificielle (IA) s’installe progressivement dans les usages professionnels. Déjà près d’un tiers des salariés de la région déclarent l’utiliser de façon ponctuelle et 12 % au quotidien. Ce sont les profils les plus enclins à l’hyperconnexion — aidants, managers et CSP+ — qui y ont recours le plus fréquemment, percevant dans cet outil un moyen de gagner en temps et en efficacité.  

L’IA suscite de fortes attentes : un sondé sur deux estime qu’elle aura un impact positif sur le bien-être au travail dans les cinq prochaines années. En l’intégrant dans le quotidien des collaborateurs, l’entreprise contribue donc à préparer l’avenir… à condition toutefois de ne pas accentuer la surcharge numérique.

Le sentiment de reconnaissance et autres facteurs de motivation

En entreprise, la reconnaissance est un levier essentiel d’engagement des collaborateurs. La valorisation des efforts et des réussites contribue activement à la bonne santé mentale et au bien-être au travail des salariés. Au niveau régional, six actifs sur dix s’estiment reconnus à leur juste valeur. Ce ressenti est particulièrement prononcé chez les managers (69 %) et les CSP+ (64 %). Il varie également selon la taille de l’entreprise, puisque les employés des petites structures (65 %) se sentent davantage considérés que ceux des organisations intermédiaires (57 %) ou des grands groupes (54 %). À l’inverse, un salarié sur dix affirme ne pas du tout se sentir valorisé, en particulier les femmes ayant des enfants.  

Pour 27 % des répondants, cette reconnaissance contribue à leur épanouissement professionnel et leur engagement, au même titre que leur sentiment d’utilité (26 %). Les trois facteurs les plus cités restent toutefois l’autonomie (43 %), l’ambiance et les relations entre collègues (37 %) et l’équilibre entre vie personnelle et vie au travail (36 %). À l’inverse, les aspects strictement liés à la carrière — évolution, mobilité ou développement des compétences — ont une influence moindre sur la satisfaction des collaborateurs. 

62 % des salariés se sentent reconnus au sein de leur organisation.

L’absentéisme de nouveau en hausse en 2024

Par ailleurs, une étude menée auprès de plus de 52 000 entreprises du secteur privé(2) fait état d’une nouvelle hausse de l’absentéisme en 2024, tant au niveau régional que national. Dans la région Grand Est–Bourgogne–Franche-Comté, le taux d’absentéisme annuel moyen atteint 5,86 % (contre 5,13 % sur tout le territoire). Il demeure supérieur à son niveau d’avant-crise — avec une progression de 24 % depuis 2019 — et semble s’inscrire dans la durée, sans réel signe d’inflexion. 

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Plus d’un salarié sur trois (39 %) s’est absenté pour raison de santé au moins une fois dans l’année. Plus préoccupant, les arrêts de travail de plus de 90 jours sont en augmentation continue (+ 30 % depuis 2019). Si leur durée moyenne a légèrement diminué pour s’établir à 194 jours en 2024, ces absences de longue durée représentent désormais la moitié du total des jours d’arrêt.  

 

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(1) Sondage mené du 2 au 12 juin 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 2 704 Français actifs en partenariat avec Occurrence (Ifop group) dont 301 en région Grand Est–Bourgogne–Franche-Comté. 
(2) Étude quantitative interne annuelle menée auprès de 52 343 entreprises du secteur privé employant 3 318 382 salariés en CDI, s’appuyant sur les données de la Déclaration sociale nominative (DSN), traitées dans le respect des règles RGPD.